jeudi 16 septembre 2021

Le Genou d'Ahed - Nadav Lapid


Ce n'est pas un film aimable. 

 Y veut réaliser un film sur Ahed Tamimi, l'adolescente palestinienne de 16 ans qui a giflé un soldat israélien et qui a été emprisonnée 9 mois. Nous assistons au casting après une longue course en moto sous une pluie battante qui déforme l'image tandis que le bruit du moteur sature la salle. La caméra filme-t-elle seule, le ciel, la route? Le spectateur n'est pas gâté. 

Sans prévenir, nous nous retrouvons à survoler le Néguev pour atterrir dans un village de l'Arava où Y est invité à présenter un de ses films dans la bibliothèque par une jeune fonctionnaire du ministère de la culture qui cherche à faire de l'animation dans ce village du désert. 

Y n'est pas franchement aimable, c'est plutôt un ours mal léché qui répond à peine à toutes les attentions de Yahalom très bavarde et même soûlante. Il se goinfre au buffet et n'assiste même pas à la projection puis part se promener dans le désert. Dans une lumière éblouissante nous assistons à cette promenade harassante, filmée pour nous étourdir. Rien de séduisant pour l'œil. Nous sommes étourdis. Et, ce n'est que le début. 

Yahalom rejoint Y pour lui tenir compagnie. Si on s'attend à un flirt aimable, on est servi! Y lui fait une confidence. Cadeau d'une histoire de jeunesse, du temps de son service militaire. Danses viriles et brutales, épisode violent. Yahalom n'a rien compris. Avec sa robe fleurie elle plutôt l'allure nunuche. Elle doit faire signer un formulaire du ministère où il s'engagerait à ne traiter que  des sujets permis. Y ressent le poids de la censure. Signera-t-il? Il s'en suit une scène très violente où il déverse tout ce qu'il a sur le cœur. toute sa rancœur envers un gouvernement nationaliste et raciste. Scène de manipulation. Même si sur le principe, je comprends le propos du cinéaste, je souffre pour la jeune fille si naïve et si pleine de bonne volonté. 

Reste, le troisième acteur : le paysage magnifique du désert que Y filme pour sa mère. Le jour se termine avec une lumière fantastique. 



j'en suis sortie sonnée mais surtout ne le laissez pas passer!

mardi 14 septembre 2021

La Nuit des Rois film ivoirien de Philippe Lacôte

 


Sur la MACA (Maison d'Arrêt et de correction d'Abidjan) règne un caïd, Barbe Noire(Steve Tientcheu)Koné Bakar, qui dispose de la vie et de la mort des détenus. la tradition veut que, quand il n'est plus capable d'exercer son autorité, ce dernier accepte la mort. Barbe Noire, malade, est contesté. Pour prolonger son existence, il relance la tradition du Roman. Un détenu, à la pleine lune rouge, doit raconter une histoire pendant toute la nuit. 

Roman (Koné Bakary), un jeune pickpocket, est désigné par Barbe Noire. Tous les détenus attendent cette nuit de la lune rouge, nuit magique, qui va leur apporter une sorte d'évasion dans le récit, la danse et les chœurs qui accompagnent le conte. 

Les gardiens, barricadés dans leur bureau, assistent à ce déchainement qui durera toute la nuit.

Roman ne sait pas conter, il va commencer l'histoire de Zama King, chef du gang des "microbes" et va recommencer son récit à plusieurs reprises en ajoutant des épisodes, des détails pour faire durer l'histoire toute la nuit.

A travers les paroles, les danses, les invocations, les cris et les danses, nous sommes transportés dans une sorte d'hallucination, de transe collective qui nous transporte sur le bord de la mer, dans la violence des rues, et surtout dans un royaume mythique où règne une majestueuse Reine (Laetitia Ky), hiératique avec sa coiffure en cornes de bélier. 



J''avoue que je n'ai pas tout compris, je me suis laissé entrainer dans cette nuit folle sans maîtriser les codes ou les clés d'un mythe magique. Les critiques citent les allusions que le cinéaste a voulu faire à la situation politique en Côte d'Ivoire, évidemment je ne les ai pas trouvées. Ce n'ai pas grave, chacun y trouvera son compte dans le déchaînement d'énergie, dans la beauté des corps, dans la variété des personnages tous bien caractérisés, dans la glorification du pouvoir de la parole quand les corps sont prisonniers. 


J'avais pris l'habitude des films mettant en scène des pièces de théâtre : Oncle Vanya dans Drive My Car, ou En attendant Godot dans Un Triomphe. Malgré son titre Shakespearien, La Nuit des Rois, n'est pas une adaptation de la pièce. Pourtant on peut voir une tragédie africaine.  

lundi 6 septembre 2021

Un triomphe - Emmanuel Courcol (2020)


Quelle bonne surprise!

 La bande annonce m'avait fait penser au Full Monty ou au Grand Bain, j'ai hésité à aller le voir, ayant peur d'un air de déjà-vu et j'aurais eu bien tort de me priver d'un très bon film! La semaine dernière Drive my car s'était attaqué à Oncle Vanya, Un Triomphe montre une mise en scène de En attendant Godot, j'aime quand le cinéma met en scène la mise en scène de théâtre, la mise en abyme est encore plus flagrante quand la réalité rattrape la pièce. 

Kad Merad est très bon, les autres acteurs aussi ! 





Une évasion réussie! 

dimanche 29 août 2021

les Sorcières d'Akelarre - film de Pablo Agüero

 


C'est une histoire vraie : en 1609 Pierre Rostéguy de Lancre, conseiller au Parlement de Bordeaux est envoyé par le roi Henri IV au Pays Basque pour arrêter les sorcières et les brûler. Le film commence par une scène de bûcher. 

Dans les villages côtiers, les hommes partent en mer jusqu'à Terre-Neuve pour la pêche mais aussi pour le commerce des fourrures du Canada. Les femmes, restées seules, jouissent d'une réelle liberté. Elles travaillent, sont tisserandes, sortent dans les bois et sur la falaise. 5 adolescentes  et une enfant sont soupçonnées d'avoir participé à un sabbat de sorcière. 

La première partie du film montre arrestations et tortures, on imagine des viols. Les corps sont sanguinolents. J'ai eu du mal à supporter ces violences.

Puis l'une d'elle, Ana,  avoue : elle est bien sorcière, c'est elle qui a ensorcelé les autres. On imagine qu'elle se charge pour qu'on libère ses amies. Mais elle va aussi ensorceler le juge. Elle prend l'initiative. Les hommes, dit-on dans le film, ont peur des femmes qui n'ont pas peur. Elle propose de faire les invocations à Lucifer devant le juge qui se trouve hypnotisé. Elle l'envoûte et lui propose une reconstitution d'un sabbat de sorcières.

Goya

Les autres filles vont participer à cette cérémonie et tourner les hommes en ridicule. 

"il n'y a rien de plus dangereux qu'une femme qui danse" dit-on ailleurs. 

Le spectateur est aussi envoûté par les danses, les gesticulations diaboliques, les chants et invocations. Cette deuxième partie éclairée par le feu des bougies et des torches est lumineuse. Elle vient en contrepoint de la première sombre et triste. On sent l'énergie de ces femmes qui prennent le pouvoir sur leur bourreaux. Belle cérémonie!




samedi 28 août 2021

Drive my car - film japonais de Ryüsuke Hamagashi d'après une nouvelle de Murrakami


2h59! la durée m'a fait hésiter.  Le titre "Drive my car"  et l'affiche ne m'ont pas attirée non plus.
 Quand j'ai lu les éloges de la Presse, j'ai révisé ma décision de zapper ce film. Et j'ai drôlement bien fait de changer d'avis. 
Trois heures de plaisir de cinéma et de théâtre. 
M. Kafuku est un acteur et un metteur en scène. Sa femme Oto, scénariste pour la télévision. Ils forment un merveilleux couple, sauf qu'on devine  une faille : le deuil de leur petite fille, puis une infidélité découverte par hasard. M. Kafuku découvre Oto inanimée,
 hémorragie cérébrale. 
Avant son décès Oto a enregistré pour son mari une cassette d'Oncle Vania que M. Kafuku écoute en boucle. 


Deux ans plus tard M. Kafuku, dans un Festival à Hiroshima va mettre en scène Oncle Vania avec une troupe hétéroclite, composé d'acteurs japonais, coréens, chinois qui vont chacun jouer dans leur langue d'origine et même en langue des signes. La direction du festival impose à M. Kafuku un chauffeur professionnel qui s'avère être une très jeune femme. 
Nous assistons à la lecture puis aux répétitions. J'aime beaucoup cette pièce et j'ai en mémoire la mise en scène récente de Jacque Weber vue à la télévision et un film américain Vanya 42ème rue de Louis Malle, vu il y a très longtemps.

Histoire d'amour et de deuil

Road-movie dans un Japon un peu étrange, nocturne, entre échangeurs, ponts futuristes et tunnels interminables. Une complicité s'établit entre le metteur en scène et la jeune fille qui conduit la voiture (d'où le titre).
Film riche de nombreuses histoires.... 
 


mardi 17 août 2021

Rouge - Farid Bentoumi




 Une usine rejette des boues rouges avec la complicité des autorités et des syndicats qui luttent pour garder leur emploi.

Tout le monde ferme les yeux

Ils sont formidables ces acteurs : Sami Bouajila et Zita Hanrot et Olivier Gourmet.

Le sujet est passionnant mais il manque un chouia pour que ce film soit un chef d'oeuvre 
Allez le voir!




samedi 17 juillet 2021

Gagarine un film de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh

 



Youri Gagarine, le cosmonaute soviétique est venu à Ivry-sur-Seine, en 1963 inaugurer la cité qui porte son nom. Une archive d'actualité l'atteste. 


Youri est né à Gagarine, au 7ème étage, il regarde les étoiles dans son télescope soigne des orchidées. Il rêve de l'espace mais c'est aussi une figure populaire dans sa cité qu'il sait menacée de démolition. Avec beaucoup de volonté et de débrouille, il répare les ascenseurs, remplace les ampoules et efface les graffitis pour que la visite des services sociaux accordent un sursis à sa cité. Gagarine, c'est un bloc de briques et de béton, mais c'est aussi une vie sociale intense avec des femmes qui se réunissent pour faire de l'exercice, des fêtes comme celle que Youri organise pour observer l'éclipse. Solidarité entre des voisins qui se connaissent de toujours et que la démolition de l 'immeuble va disperser. 

Youri rêve des étoiles. Quand la cité sera vide, il va rester seul comme dans un vaisseau spatial, il va faire sa conquête de l'univers en cultivant sous serre fruits et légumes, tandis que les ouvriers du chantier de désamiantage ressemblent à des cosmonautes avec leurs combinaisons blanches et leurs masques à gaz...Et le film devient fantaisiste, poétique. on ne sait plus très bien où sont les frontières du réel....

C'est le contraire des "films de banlieue" qui mettent en scène racailles et trafics, violence et désespérance. C'est un film militant qui met l'accent sur la solidarité, l'imagination sans pour cela prêcher ni être ennuyeux.



Il y a aussi de la musique, une histoire d'amour, mais je ne vous le raconterai pas. Allez le voir!