samedi 18 avril 2026

Nous, l'orchestre un film de Philippe Beziat(2026)

 

présenté en avant-première aux Cinémas du Palais en présence du réalisateur Philippe Beziat qui était aussi venu présenter Les Indes Galantes de Rameau mis en scèen par Corgitore que j'ai vu et revu au moins 5 fois. 

Pour présenter le film étaient également présents le directeur du Conservatoire de Créteil et le professeur de Direction d'orchestre : soirée musique, très pointue. Attention particulière au son diffusé dans la salle par différents haut-parleurs . C

Ce n'est pas une captation de concert mais plutôt un "documentaire-symphonie"comme l'a qualifié le réalisateur. Il faut impératàivement voir ce film en salle pour goûter les effets musicaux. A la télévision, ce sera un spectacle agréable mais l'effet de volume et de masse mouvante ne sera pas reproductible. 

L'objet du documentaire est de faire ressentir de l'intérieur la vie d'un orchestre avec ses 120 musiciens qui doivent travailler ensemble mais qui existent individuellement. Le cinéaste a donc travaillé sur la distance pour nouer des relations avec différents musiciens, pas forcément les solistes et aller chercher ce qui se passe dans chaque coin de l'orchestre. Placer des micros qui captent les sons produits dans différents emplacements avec une multitude de micros. Puis restituer au montage non pas le son que le spectateur entend assis à sa place dans la très belle salle de la Philharmonie mais précisément ce qu'entendent les cuivres, puis un alto. Attention aux visages, si divers, hommes, femmes,très jeunes ou plus âgés. 

Evidemment le chef d'orchestre a une place de choix. Klaus Mäkelä est un chef magnifique très charismatique. On comprend le rêle du chef qui distribue les rôles, explique la partition, met en lumière une famille d'instrument, puis une autre. Intéressant point de vue du réalisateur : il ne laisse pas la vedette à un seul chef, montre l'arrivée d'une cheffe invitée.

Et puis il y a des images époustouflantes de la très belle salle de la Philharmonie, images d'ensemble qu'on n'aura pas assis à la place de spectateur. 



Et bien sûr : la musique! sans présentation, sans sous-titres. J'ai mesuré mon ignorance tandis que mes collègues spectateurs étaient capable de reconnaître les mouvements...mais quelle importance, il n'est pas obligatoire d'être musicologue pour se laisser transporter.


vendredi 17 avril 2026

Soulèvements Thomas Lacoste



 


Le 23 mars 2023, à Sainte Soline, eurent lieu des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants avec plus de 200 blessés. A la suite de cet évènement le ministre de l’Intérieuseptuagr Gerald Darmanin a qualifié les manifestants d’écoterroristes et demandé la dissolution du Mouvemement des Soulèvements de la Terre. Cette mesure de dissolution a été depuis annulée par le Conseil d’Etat. 

Le réalisateur Thomas Lacoste présente dans ce film un tout autre visage de militants des Soulèvements de la Terre et des images bien différentes des vidéos violentes que les télévisions ont médiatisées. 

Le film se présente comme une série d’interviews : 16 visages, 16 voix tantôt un personnage seul, tantôt à deux. Hommes et femmes, jeunes, trentenaires, mais aussi un père et sa fille, un septuagénaire, maire d’une commune rurale, engagé auprès des instances régionales et syndicales. Nous avons l’occasion d’entendre une éleveuse qui est également bouchère (et toc, un préjugé saute « tous des végétariens »).  Deux habitants du Tarn, en lutte contre l’A69, un jeune et un plus vieux, et les cabanes des écureuils dans les arbres. Deux habitants de La Clusaz   ont occupé l’emplacement d’une retenue collinaire pour la neige de culture et ont réussi à détourner le projet. Encore en montagne une jeune fille  raconte une un camp sur le seul endroit où l’hélicoptère apportant le matériel pour une station de téléphérique sur un glacier, pour stopper les travaux. Un naturaliste nous parle du chant de l’engoulevent et de la protection de l’outarde canepetière. Je n’ai pas tout retenu. Un groupes des « greniers » fournissant des repas aux grévistes…

En revanche, c’est plutôt la bienveillance et le soin vis à vis des personnes et des animaux qui prévaut dans leur discours avec une douceur étonnante. Pas de slogans, pas de rancoeurs martelées. Un attachement au terroir dans lequel ils ont grandi et qui est massacré par la construction d’une autoroute ou de bassines. Une attention aux rivières, aux espèces menacées. Un lien avec le paysage qui différe de l’image « black block » que leur collent les médias et les politiques. Le goût du travail « bien fait » et du « fait main » quand ils construisent les charpentes des cabanes.

Bienveillance et mesure : chaque fois, ils soulignent l’importance de faire l’action juste, et juste au bon endroit. Economie de moyens. Quelques campeurs sur un rocher peuvent suffire. Une ZAD, une zone à défendre, cela peut être un bois, un marais, l’habitat d’un oiseau. On est très loin du terrorisme…



C’est un très joli film où les interviews sont entrecoupées de très beaux paysages. Oh le regard de la vache qui profite des derniers rayons du soleil! Et la brume sur le plateau de MilleVaches….Un film très construit, interludes de cascades, générique de fin intrigant.

vendredi 3 avril 2026

Silent Friend (2026) d'Ildyko Enyedi


 C'est un très beau film contemplatif. Il faut disposer d'une belle après-midi ou soirée et être complètement disponible pour le goûter. Amateurs de thrillers, de romances,  de course-poursuites et de films d'action, fuyez, ce n'est pas pour vous! 

Vous êtes transportés dans le temps, trois histoires se déroulent, se tressent, au début du XXème siècle, une jeune fille se destine à la botanique, elle est admise à l'université après un examen qui est une véritable épreuve, et sa vie ne sera pas facile dans cet univers masculin. Dans les années 70, un jeune étudiant versé dans la poésie de Rilke et de Goethe tombe amoureux d'une chercheuse et va l'aider dans ses recherches en arrosant son jardin et son géranium. Pendant le confinement, un professeur en neurobiologie chinois est piégé dans l'université de Marburg avec le gardien du jardin botanique. Il va utiliser ses techniques de recherches sur la communication nerveuse sans le recours de la parole, son champ de recherche concerne de très jeunes bébés : il va les entendre à la communication avec un arbre. 

Ces trois histoire, complètement indépendantes, ont un pivot commun : le magnifique gingko biloba du jardin botanique, planté en 1832. C'est lui, le Silent Friend, le héros du film. Nous allons le voir sous tous ses aspects, son tronc impressionnant, son écorce, le chevelu des ses racines et évidemment son feuillage qui va se teinter d'or à la fin. 

Comment entrer en communication avec cet être vivant silencieux? Le professeur chinois va connectre des capteurs à son ordinateur. La jeune botaniste trouve réconfort et calme sous son feuillage. Quant au deux amoureux, ils cherchent à mesurer les réaction d'un géranium tranquillement posé sur l'appui de la fenêtre. 

Le film vous réservera d'autres surprises. Il suffit de se laisser porter. Quelques indices permettront de s'y retrouver. L'histoire qui se déroule à la Belle Epoque est en costume, et en noir et blanc, dans les années 70 les couleurs sont criardes et en 2020 ordinateurs, téléphones portables seront les marqueurs. 

Si vous acceptez de ne rien y comprendre pendant la première demi-heure, et qui vous vous laissez emporter vous y prendrez beaucoup de plaisir visuel!

mardi 31 mars 2026

Un jour avec mon père (2026)Akinola Davies Jr - Nigéria

 

le film commence à la campagne : deux enfants seuls sur un banc : Akinola 8 ans, Olarémi 12 ans. Deébut fantastique, on se croirait dans un rêve. Il sera beaucoup question de revenants   et de rêves...

Folarin, leur père, les emmène à Lagos. Le voyage est toute une aventure :  le taxi-brousse  tombe en panne d'essence, puis à 4 sur une moto-taxi, enfin dans une voiture briguebalante. 

Lagos 1993, tentative de démocratie "democrazy", la ville attend le résultat des élections. Des voitures remplies de militaires patrouillent, menaçants. 

Nous découvrons Lagos, son marché, sa foule, les maquis où boire un verre, le pont le plus long d'Afrique, la plage. Cela suffirait à mon bonheur, de me sentir transportée là. Ecouter leur Anglais, comme j'aime écouter le français des béninois, leurs voisins que je connais un peu. Le film vire au documentaire. 

Il y a aussi une histoire, l'histoire d'un père absent qui se raconte à ses enfants. Occasion unique de transmettre l'histoire familiale. Histoire d'un frère disparu. Histoire de la mère, absente. Un visage d'une serveuse insistant : une maîtresse? Quelques heures à jouer dans l'eau....

Les élections sont annulées, la démocratie ne sera pas pour ce jour. 

mardi 24 mars 2026

les Rayons et les Ombres - Xavier Giannoli avec Jean Dujardin et Nastya Golubova




J'ai hésité à voir ce film : 3h15 en compagnie de collaborateurs et de nazis qui fument et boivent des coupes de champagne avec des petits fours, cela ne me disait rien du tout. Malsain? Sûrement la complaisance avec ces sinistres personnages, pas mon truc. Malsain? toux et crachats de tuberculose. 

J'ai appris que  c'est une histoire vraie, Jean Luchaire a vraiment été un patron de Presse.  Passé d'un pacifisme de gauche après la Grande Guerre, à une collaboration abjecte et un antisémitisme complaisant. Jean Luchaire a vraiment existé, il a été fusillé en 1946. Otto Betz a eu plus de chance, il a écopé de la prison à perpétuité. Corinne Luchaire a vraiment été une actrice a succès et doit sa carrière à deux réalisateurs juifs. Savoir que cela s'est vraiment passé donne à réfléchir. 

On ne s'ennuie pas pendant ce très long film mais il manque à Giannoli le génie de Pasolini dans Salo ou de Fellini dans les scènes sulfureuses qui sont encore bien sages : orgies et partouzes mais pas scènes flamboyantes d'enfer. Il y a aussi les crachats et le sang, la mort qui rôde. Ne rôde-t-elle pas aussi pour tous les Juifs menacés, les raffles, les Résistants? On ne s'intéresse que marginalement à ces derniers sauf pour fournir à des connaissances quelques Ausweis qui soulagent la conscience.....

Comment devient-on un collabo? comment devient-on un salaud? On se pose la question en sortant de la séance. Les analogies avec notre actualité ne manquent pas. 


jeudi 12 mars 2026

Rabia(2024) un film de Mareike Engelhardt avec Megan Northam et Lubna Azabal (vu à la télé)



Ce n'est pas un film aimable. Certaines scènes sont insupportables même si (dans les Midi de Culture CLIC) la réalisatrice déclare avoir évité de montrer la violence et l'avoir laissé hors-champ. 

C'est le film des jeunes filles françaises venues en Syrie rejoindre Daech. C'est le film de l' endoctrinement, le film de l'emprise. 

Jessica, 19 ans, infirmière, et son amie Leila débarquent à Raqqa dans une "Madafa" en attente d'un mari. Cette maison tient de la prison, du centre d'endoctrinement et du bordel. Elles sont parties pour s'engager, alors qu'en France "on ne les écoutait pas". Etonnamment, la religion ne semble pas avoir une position prépondérante. Ni le combat politique. L'important c'est d'être prête pour le "mariage" avec un combattant. D'être sexy (étrange scène avec des sous-vêtements porno), d'être docile. Justement ces filles ont quitté leur famille, leur vie parce qu'elles étaient rebelles. Speed-dating : 15 minutes de présentation avant le mariage (robe blanche, voile de dentelle) et consommation immédiate. Pas le choix du partenaire. Pas le choix de refuser  non plus. Jessica refuse ce qu'elle considère être un viol. Elle va être punie par Madame (Lubna Azabal). Privation de nourriture, coups de fouet. Comment réduire à néant une rebelle, la transformer en bourreau de ses soeurs. Comment subir l'emprise de Madame . Effrayant. 

J'ai visionné avec effarement un tel spectacle. Je me suis demandée s'il s'agissait d'u  film de propagande, à quoi correspondait un tel film. Eh bien, c'est une histoire vraie. Madame existe vraiment, en fuite, elle est convaincue de crime contre l'Humanité. Les jeunes filles sont bien sûr fictives mais la réalisatrice les a rencontrées avant d'écrire le scénario. Sans jugement de valeur. Elle a pensé à l'Allemagne, sous le nazisme. Comment devenir un bourreau. 

Et maintenant que faire de ces femmes et surtout des enfants nés en Syrie? 


mercredi 25 février 2026

Rue Màlaga - Maryam Touzani


 

Quelle merveilleuse soirée, cette avant-première en présence de Maryam Touzani aux Cinémas du Palais. Salle comble, j'avais pris mon billet sur Internet pour être sûre d'entrer. 

Sans avoir lu les critiques. Les noms de Maryam Touzani dont j'ai tant aimé le Bleu du Caftan et Adam avant, et Carmen Maura ont suffi pour me faire réserver la soirée plusieurs semaines à l'avance. j'oubliais : Tanger est la vedette du film avec son marché, ses épiceries, ses cafés et la lumière. Ville multiculturelle, à moitié espagnole. le film glisse d'une langue à l'autre,, d'une cuisine à l'autre, de churros en tapas chez Maria-Angel, en couscous chez sa voisine . Plaisir de la cuisine. Couleurs vives des fleurs. Nostalgie de cette communauté espagnole qui a vieilli et s'éteint. 

Et je n'ai pas été déçue. 

Carla, infirmière à Madrid, mère de deux enfants, en instance de divorce, veut vendre l'appartement de sa mère à Tanger. Maria-Angeles, 79 ans, ne se laisse pas faire. Elle est née à Tanger et compte bien y mourir. Maria Angeles est un personnage : une femme pleine de vie qui compte bien vivre encore chez elle. Et la vie lui réserve encore des surprises. 

Malgré la tragédie de cette mère mise à la porte  par sa fille et enfermée dans un EPADH, on rit beaucoup, et de bon cœur., surtout par les confidence très crues de Maria Angelès. 






Et, en bonus, Toda una vida de Maria Dolores Parada qui est la chanson du film.