mardi 24 mars 2026

les Rayons et les Ombres - Xavier Giannoli avec Jean Dujardin et Nastya Golubova




J'ai hésité à voir ce film : 3h15 en compagnie de collaborateurs et de nazis qui fument et boivent des coupes de champagne avec des petits fours, cela ne me disait rien du tout. Malsain? Sûrement la complaisance avec ces sinistres personnages, pas mon truc. Malsain? toux et crachats de tuberculose. 

J'ai appris que  c'est une histoire vraie, Jean Luchaire a vraiment été un patron de Presse.  Passé d'un pacifisme de gauche après la Grande Guerre, à une collaboration abjecte et un antisémitisme complaisant. Jean Luchaire a vraiment existé, il a été fusillé en 1946. Otto Betz a eu plus de chance, il a écopé de la prison à perpétuité. Corinne Luchaire a vraiment été une actrice a succès et doit sa carrière à deux réalisateurs juifs. Savoir que cela s'est vraiment passé donne à réfléchir. 

On ne s'ennuie pas pendant ce très long film mais il manque à Giannoli le génie de Pasolini dans Salo ou de Fellini dans les scènes sulfureuses qui sont encore bien sages : orgies et partouzes mais pas scènes flamboyantes d'enfer. Il y a aussi les crachats et le sang, la mort qui rôde. Ne rôde-t-elle pas aussi pour tous les Juifs menacés, les raffles, les Résistants? On ne s'intéresse que marginalement à ces derniers sauf pour fournir à des connaissances quelques Ausweis qui soulagent la conscience.....

Comment devient-on un collabo? comment devient-on un salaud? On se pose la question en sortant de la séance. Les analogies avec notre actualité ne manquent pas. 


jeudi 12 mars 2026

Rabia(2024) un film de Mareike Engelhardt avec Megan Northam et Lubna Azabal (vu à la télé)



Ce n'est pas un film aimable. Certaines scènes sont insupportables même si (dans les Midi de Culture CLIC) la réalisatrice déclare avoir évité de montrer la violence et l'avoir laissé hors-champ. 

C'est le film des jeunes filles françaises venues en Syrie rejoindre Daech. C'est le film de l' endoctrinement, le film de l'emprise. 

Jessica, 19 ans, infirmière, et son amie Leila débarquent à Raqqa dans une "Madafa" en attente d'un mari. Cette maison tient de la prison, du centre d'endoctrinement et du bordel. Elles sont parties pour s'engager, alors qu'en France "on ne les écoutait pas". Etonnamment, la religion ne semble pas avoir une position prépondérante. Ni le combat politique. L'important c'est d'être prête pour le "mariage" avec un combattant. D'être sexy (étrange scène avec des sous-vêtements porno), d'être docile. Justement ces filles ont quitté leur famille, leur vie parce qu'elles étaient rebelles. Speed-dating : 15 minutes de présentation avant le mariage (robe blanche, voile de dentelle) et consommation immédiate. Pas le choix du partenaire. Pas le choix de refuser  non plus. Jessica refuse ce qu'elle considère être un viol. Elle va être punie par Madame (Lubna Azabal). Privation de nourriture, coups de fouet. Comment réduire à néant une rebelle, la transformer en bourreau de ses soeurs. Comment subir l'emprise de Madame . Effrayant. 

J'ai visionné avec effarement un tel spectacle. Je me suis demandée s'il s'agissait d'u  film de propagande, à quoi correspondait un tel film. Eh bien, c'est une histoire vraie. Madame existe vraiment, en fuite, elle est convaincue de crime contre l'Humanité. Les jeunes filles sont bien sûr fictives mais la réalisatrice les a rencontrées avant d'écrire le scénario. Sans jugement de valeur. Elle a pensé à l'Allemagne, sous le nazisme. Comment devenir un bourreau. 

Et maintenant que faire de ces femmes et surtout des enfants nés en Syrie? 


mercredi 25 février 2026

Rue Màlaga - Maryam Touzani


 

Quelle merveilleuse soirée, cette avant-première en présence de Maryam Touzani aux Cinémas du Palais. Salle comble, j'avais pris mon billet sur Internet pour être sûre d'entrer. 

Sans avoir lu les critiques. Les noms de Maryam Touzani dont j'ai tant aimé le Bleu du Caftan et Adam avant, et Carmen Maura ont suffi pour me faire réserver la soirée plusieurs semaines à l'avance. j'oubliais : Tanger est la vedette du film avec son marché, ses épiceries, ses cafés et la lumière. Ville multiculturelle, à moitié espagnole. le film glisse d'une langue à l'autre,, d'une cuisine à l'autre, de churros en tapas chez Maria-Angel, en couscous chez sa voisine . Plaisir de la cuisine. Couleurs vives des fleurs. Nostalgie de cette communauté espagnole qui a vieilli et s'éteint. 

Et je n'ai pas été déçue. 

Carla, infirmière à Madrid, mère de deux enfants, en instance de divorce, veut vendre l'appartement de sa mère à Tanger. Maria-Angeles, 79 ans, ne se laisse pas faire. Elle est née à Tanger et compte bien y mourir. Maria Angeles est un personnage : une femme pleine de vie qui compte bien vivre encore chez elle. Et la vie lui réserve encore des surprises. 

Malgré la tragédie de cette mère mise à la porte  par sa fille et enfermée dans un EPADH, on rit beaucoup, et de bon cœur., surtout par les confidence très crues de Maria Angelès. 






Et, en bonus, Toda una vida de Maria Dolores Parada qui est la chanson du film. 




jeudi 5 février 2026

LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT - Hasan Hadi (Irak) 2025


Irak 1991 , première Guerre du Golfe.
Le pays  vit sous les bombardements américains. Les sanctions ont vidé les magasins. Trouver 5 oeufs, de la farine et du sucre relève de l'exploit, surtout quand on a 9 ans et qu'on vient des marais. Lamya et Saeed  ont été tirés au sort en classe pour apporter le gâteau d'anniversaire du Président, ils doivent trouver ces ingrédients sous la menace du déshonneur, de punitions....
Le cinéaste dans le  dépliant raconte que cette anecdote vient de son vécu d'écolier. Dans la corruption généralisée les élèves favorisés échappent à ce tirage au sort en rendant un service à l'enseignant. 
C'est un très beau film avec des images magnifiques. Presque un film d'époque dans des décors étonnants : les marchés, une mosquée de briques émaillées avec ses coupoles et surtout  ces merveilleuses habitations de roseaux dans le marais.
les acteurs, des non-professionnels sont excellents, la petite fille est craquante.
Une véritable réussite. Avec de l'action, des poursuites, des personnages....

jeudi 29 janvier 2026

Promis le ciel d'Erige Sehiri (2026) avec Aïssa Maïga, Laetitia Ky et Nanney

 

l'anniversaire de Nanney : une heure d'insouciance à trottinette

Erige Sehiri réalisatrice franco-tunisienne de Sous les figuiers met en scène la migration des femmes  subsahariennes en Tunisie. 

Marie (Aïssa Maiga) est établie à Tunis depuis plusierus années, ancienne journaliste, pasteure, elle règne sur sa petite communauté évangélique, offre assistance et réconfort, à grand renfort de prêches, d'alléluias et d'amen. Jolie (Laetitia Ky) étudie dans une école d'ingénieurs, elle semble garantie par sa Carte d'Etudiante et l'aide de ses parents fortunés. Nanney, en revanche est clandestine, elle a laissé sa fille adolescente au pays et désespère traverser la Méditerranée. Elle vivote de trafics et culpabilise, est-elle une bonne mère. 

Dans cette petite communauté, arrive Kenza, une petite naufragée. Tous les occupants du bateau se sont noyés. Comment a-t-elle survécu? Elle ne sait ni son nom de famille, ni son pays d'origine. peut-être a-t-elle déjà appris à ne rien révéler? Cadeau du ciel, cette petite fille craquante? ou responsabilité écrasante. Marie la protège, mais ne doit-elle pas la confier aux autorités? 

la Tunisie est-elle une étape vers l'Europe - le Paradis? ou au contraire un cul de sac pour ces migrants. De pays accueillant, elle devient un enfer pour les migrants qu'elle pourchasse. Marie avec son statut social privilégié et Jolie avec sa carte d'étudiante se croient protégées. On leur fait sentir que ce n'est pas le cas. les rafles sont violentes. 



mercredi 28 janvier 2026

la vie après Siham : Namir AbdelMesseeh


Namir Abdel Messeh est un réalisateur franco-égyptien que j'avais découvert avec la Vierge, les coptes et moi (2012) . j'avais beaucoup aimé ce documentaire qui se déroulait en Haute Egypte dans le village de sa mère. Touchant, burlesque drôle. La Vie après Siham est une évocation touchante, délicate de son histoire familiale après le décès de Siham, sa mère, Filmer son père, regarder des photos, des films où sa mère apparaissait pour transmettre à ses enfants l'histoire familiale. Le cinéma comme mémoire. Filmé avec beaucoup de tendresse, d'humour aussi, entre l'Egypte où la famille a ses racines et la Région parisienne où ils vivent. 





 

vendredi 23 janvier 2026

Le Mage du Kremlin (2026) Assayas

J'ai lu le roman de Giuliano da Empoli en février 2022, au moment de l'invasion russe de l'Ukraine, je n'avais pas tout à fait compris qu'il s'agissait d'une fiction et j'avais été très intéressée par ce livre qui tombait à point dans l'actualité. Je n'avais pas tellement envie de voir l'adaptation au cinéma mais Dasola m'a convaincue. 
Une histoire "russe" en anglais, tournée à Riga par un réalisateur et un scénariste français cela ne fleure pas vraiment l'authenticité. Je vais au cinéma pour voyager, j'aime la VO, écouter une langue exotique et les sons qui vont avec. Tout ce "fabriqué" m'a interrogé : maquettes ou IA? les vues aériennes de Moscou, d'où sortent-elles? Et ce Moscou de cartes postales coloré, ensoleillé? 
Et puis tous ces Russes sont bien "cliché", caviar et champagne, hôtels luxueux, pin-ups blondes aux jambes sans fin... Justement c'est le sujet du film, la mise en scène, les Fake-news et la désinformation....
Le faux Poutine est bien taiseux, tant mieux! Il se contente de son sourire sardonique, de nage et de musculation. La doublure (Jude Law) n'a pas eu trop de travail. je n'imaginais pas le Mage du Kremlin avec la figure poupine de Paul Dano...