Comment au-je pu m'infliger cette punition, cette souffrance?
Plus d'une heure à entendre les explosions. Voir des engins de destructions, tanks et megapelleteuses montées sur chenilles, blindées, grillagées arraser maisons, champs applanir le paysage, labourer les dunes. Toute la séance j'ai eu l'impression que le nuage de poussière était sur moi et que j'en étais étouffée.
Je savais ce que j'allais visionner quand j'ai traversé tout Paris, courru pour ne pas louper la séance. Il fallait que je le voie que je boive jusqu'à la lie cette amertume.
N'allez pas croire que ce documentaire soit superflu après toutes les images de la télévision. C'est un témoignage essentiel (pour moi tout au moins) . A vrai dire, on ne voit rien qu'on ne connaisse déjà, la destruction brutale et systématique, les villages qui disparaissent. Mais c'est l'angle de visée qui est intéressant. La documentariste filme de sa voiture, sur une route qui longe la frontière. Et c'est morne, interminable. A vrai dire, on ne voit rien. On ne doit rien voir, des parkings, des engins. Si elle amorce un virage vers Gaza, elle est rapidement empêchée, terrain militaire, interdit d'entrer! Aimable mais ferme, le militaire lui interdit d'aller plus loin.
Si on veut un point de vue dégagé, il y a des observatoires aménagés, fort bien aménagés, ma foi, où des badauds viennent en touristes, prennent des selfies (dans le meilleur des cas) ou déverse une haine inimaginable. Slogans et cris. Il me vient à l'esprit le Viva la muerte, des franquistes.
Amour de la terre sainte? d'abord on détruit tout, on laboure, on arrase et sur cette table rase on construira quoi? Paysage défiguré, humanité déshumanisée.
Images désolantes de ce kibboutz Nir Oz aux maisons saccagées, brûlées, aux intimités violées. Il reste les jardins, Ces jardins que j'aurais pu entretenir, dans mon passé de kiboutznikit jardinière. La nature est luxuriante. Paons et chats règnent quand les humains ont disparu (presque).
Que reste-t-il du camp de la Paix, la réalisatrice leur donne une parole dans des manifestations dérisoires. Elle lit les écrits d'un médecin palestinien. Les lettres d'un ami expatrié.
C'est d'une tristesse infinie, mais je m'en serai voulu de l'avoir laissé passé dans l'indifférence.
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