vendredi 7 août 2026

Cotton Queen (2026) Suzannah Mirghani - Soudan


 Sortie très discrète de ce film soudanais début Aout dans 3 salles parisiennes seulement. 

Et pourtant excellent! oubliez De Gaulle ou l'Odyssée et courrez voir Cotton Queen.

On parle peu du Soudan, on le montre encore moins dans les médias malgré une guerre très meurtrière qui n'intéresse personne. 

Et pourtant, tous les films soudanais (ou à propos du Soudan) que jrai vus m'ont beaucoup plu : Soudan souviens-toi(Hind Meddeb) Tu mourras à Vingt ans (Amjad Abu Alah) Talking about trees (Souheil Gasmelbari) et Goodbye Julia (Mohamad Kordofa). je les cite tous parce qu'ils ont eu aussi une sortie éclair et auraient mérité plus de buzz. 

J'étais partie avec des idées de guerre civile, de ruines et de femmes voilées. Erreur!

Le film montre des femmes magnifiques, prises entre tradition et rêves d'adolescentes dans une campagne bucolique au bord du Nil. Des jeunes filles cueillent à la main du coton en chantant, elles se baignent dans le fleuve, rêvent comme toutes les adolescentes au prince charmant. Nafisa, l'héroïne, écrit des poèmes à son amoureux qui lui offre des oignons....

la Reine du coton c'est une autre Nafisa, la grand-mère, Al-Sit, la dame qui règne dans la cour et qui file son coton sur une quenouille antique. Al-Sit est un personnage, elle possède des champs qu'elle cultive traditionnellement pour obtenir un coton vierge et pur, tellement pur que seules des jeunes filles vierges sont autorisées à cueillir. Si son champ est si fertile c'est que l'engrais provient des cadavres des Anglais que Nafisa, dans sa jeunesse aurait tué. Al-Sit serait une héroïne de la décolonisation. 

Survient le Businessman, un commerçant qui veut acheter le champ de Al-Sit et commercialiser des graines de coton OGM. Pour les parents de la jeune Nafissa, c'est aussi un très bon parti. La mère de Nafissa met tout en oeuvre pour marier sa fille - même de la magie. 

A côté de l'intrigue principale, surgissent des scènes pittoresques : l'arrivée des vieilles acheteuses de coton, un spectacle de marionnettes, avec toujours le fil de coton, et suggérée ou explicitée l'excision des jeunes filles, leur liberté impossible. Je n'ai npas toujorus compris mais c'est passionnant. 





mercredi 29 juillet 2026

De la Comédie Française (2026) - martin Darondeau et Bertrand Usclat






Que voici une comédie plaisante, légère, 1h15 de plaisir. 
le sort s'acharne sur la première de Macbeth, première mise en scène de Nina qui commencd par oublier son badge, à 3h de la représentation, l'actrice qui devait jouer Lady Macbeth est coince à Brest, les éclairages ne sont pas prêts...et les comédiens n'en font qu'à leur tête avec leur égo surdimensionné..Les catastrophes se succèdent. 
et pourtant la représentation aura bien lieu, l'esprit de la troupe les portera...
Spectacle enlevé, si bien amené qu'on oublie qu'on est au cinéma et que les spectateurs vont applaudir comme au théâtre. 
Surtout restez jusqu'à la fin du générique!







 

dimanche 19 juillet 2026

L'Aventure rêvée - 2026 (film Bulgaro/Autrichien/France /Allemagne) de Valeska Griselbach

2h 42, vais-je m'ennuyer? Eh bien non, pas un instant.

 Un véritable coup de coeur.


 

Exotisme que cette frontière entre la Bulgarie, Grèce et Turquie. La route arrive à une sorte de bout du monde.Svilengrad.  Said, taiseux, aux yeux plissés qui boit et fume au volant, débarque dans une sorte de nulle part, casinos fermés, poste frontière minable, hôtels décatis.

Exotisme du cyrillique que je m'amuse à déchiffrer, du Bulgare que j'écoute avec plaisir sans rien comprendre bien sûr, je capte quelques expressions qui ressemblent au Russe. 

Exotisme des personnages, populations mêlées, Said est un Pomak des Rhodopes, il raconte les changements de son nom exigés par les communistes, Alben, Evgueni, il est retourné à Said. Ces ferrailleurs sont-ils roms? et ces mineurs-ferrailleurs encore attachés à la mine.

 Nous sommes au centre de tous les trafics imaginables, métaux récupérés des mines et industries du communisme qui ont fermé, carburants détournés, drogues et cigarettes, migrants, que font ces femmes polonaises dans l'hôtel en ruine? ouvrières câblant des panneaux solaires ou prostituées? troupeaux qui divaguent...trésors enfouis dans les ruines. 


Veska (Yana Radeva, extraordinaire) est archéologue le jour, elle dirige un chantier dans une tour byzantine (ou ottomane) pendant la journée. Patronne exigeante d'ouvriers locaux qu'elle dirige avec bienveillance et autorité. Le soir, au volant de son petit SUV rouge, ou même à pied, elle devient contrabandière, voleuse, batailleuse. Elle s'invite à nombreuses tables. Femmes de caractère qui racontent leus aventures. Maffieux de tout calibre, des jeunes brutes au caïd tout-puissant dans la région,.  ouvriers et mineurs plutôt alcoolisés. Veska ne refuse pas un verre de rakia ou de café, taxe d'une cigarette. Etonnament à l'aide parmi des hommes à l'humour plus que douteux. Veska en impose, elle tente de protéger ses ouvriers. Elle les connaît tous depuis son enfance, elle s'est battue avec les garçons. Elle connaît aussi le prix que les femmes ont payé pendant "l'êge d'or des hommes" quand les maffieux ont dépecé le pays et que tout était permis. Elle est assez forte pour dire son fait à Ilia le caïd. 

Ilia rencontre Veska au début du film. On imagine quelque chose de fort entre eux. Se retrouveront-ils? 

Souvenirs littéraires de Lisière de Kapka Kassabova qui se passe dans la région ainsi  que Les Carnets de la Strandja 1989-2019 d'Alexandre Levy. Deux livres que j'ai beaucop aimé et qui se rapportent à cette région. 



jeudi 2 juillet 2026

Notre histoire - Chroniques du Caire - (2026) un film de Abu Bakr Shawky











Chronique d'une famille égyptienne en plusieurs chapitres.
 1967, à la veille de la Guerre des Six jours Ahmed reçoit une lettre de sa correspondante autrichienne Elizabeth. Ahmed étudie le piano . Son frère est mobilisé, lui pas. 
1973, nouvelle guerre entre Israël et l'Egypte, Ahmed est à Vienne, sa carrière de musicien classique n'est pas brillante. Son frère est tué à la guerre. Ahmed rentre au Caire. 
Les autres chapitres nous chroniqueront l'histoire de l'Egypte, le voyage de Sadate et la Paix, puis sont assassinat de Sadate. Et toujours la photo avec le Président! 
Evenements familiaux avec l'arrivée d'Elizabeth au Caire, le mariage. Une interview  malheureuse du père à la télévision qui laisse échapper le mot "corruption", mot qui ruinera sa carrière. Cet évenement se répètera plustard quand Elizabeth fera la même gaffe. 

Famille attachante soudée autour du poste de télévision, supporters malheureux de l'équipe de foot de Zamalek qui ne gagne jamais. En plus du foot, la télévision diffuse les actualités.
Beaucoup de bruit, des embrassades, des cris, les coups de pieds dans la gazinière. Famille survoltée. 

 

dimanche 28 juin 2026

Seuls les rebelles - (2026) Liban Danielle Arbid avec Hiam Abbas


Le  nom de Hiam Abbass suffit pour me faire traverser Paris. L'histoire se déroule à Beyrouth. Sous les bombardements israéliens, le tournage n'était pas envisageable. Comme dans le cas des iraniens interdits de filmer, les contraintes font naître dans l'imagination des réalisateurs des films originaux . J'étais curieuse de ces images importées du Liban pour un film tourné en France. 

Comme je n'aime pas lire les critiques avant de visionner le film, je ne savais pas qu'il s'agissait d'un remake de Tous les autres s'appellent Ali de Fassbinder. 

Suzanne(Hiam Abbass) est une veuve palestinienne, mère de deux grands enfants adultes. Elle intervient dans une bagarre entre des racailles et un ouvrier soudanais sans papier de quarante ans de moins qu'elle, elle le soigne. Ils tombent amoureux songent à se marier. Ils subissent les critiques violentes et racistes du voisinage et même des enfants de Suzanne. Rejet des autres, rejets de l'étranger, pourtant Suzanne est palestinienne, mais intégrée de longue date au Liban. Rejets des prêtres chrétiens, Osmane est musulman. Violence et corruption dans une ville chaotique. 

jeudi 25 juin 2026

les Musiciens (2025) Grégory Magne avec Valerie Donzelli, Fred Pierrot , Mathieu Spinosi, Marie Vialle, Daniel Garlitsky, Emma Ravier


 Vu au cinéma à sa sortie, revu avec grand plaisir sur Canal+ une très jolie comédie sur des musiciens (comédie musicale cela correspond à autre chose!)

Au départ : le rêve d'un très riche industriel : réunir 4 stradivarii, former un quatuor de virtuoses, produire un concert unique dans une église à l'acoustique exceptionnelle pour une oeuvre jamais jouée d'un musicien inconnu. 

La fille du mécène décédé veut réaliser le rêve de son père malgré l'opposition de son frère qui considère que l'opération est ruineuse.

Les quatre musiciens : Mathieu Spinosi, Marie Vialle, Daniel Garlitsky et Emma Ravier sont réunis pour une semaine de répétitions. Ego surdimensionné des vedettes, conflits amoureux, et mépris pour l'altiste venant du monde des réseaux sociaux et des influenceuses. Ils n'arrivent à rien qu'à se déchirer en querelles stériles. 

L'organisatrice fait appel au compositeur Fred Pierrot (excellent) qui les dirigera en évoquant le vol des étourneaux dans leurs murmurations. Et finalement le miracle aura lieu, enfin, ils s'écoutent et même improvisent pour notre grand plaisir. Et j'en redemande, même après cette deuxième séance!

mercredi 24 juin 2026

The Christophers - (2026) Steven Soderbergh avec Michaela Coel et Ian McKellen


 Lori Butler (Michaela Coel), une plasticienne désargentée mais une faussaire habile, est contactée par les héritiers de Julian Sklar qui fut en son temps une gloire de la pop, pour terminer une série de tableaux oubliés qu'ils veulent vendre après le décès imminent de leur père. Ils l'engagent pour être l'assistante de Julian Sklar qui ne peint plus depuis des années. 

Tous ces personnages sont bien antipathiques : les enfants rapaces et bêtes. Lori calculatrice froide. Pire encore, le personnage roublard et égrillard qui se trimballe en tenue très négligée, vitupère, provoque la jeune femme. 

Le  plan est simple : subtiliser les 8 tableaux remisés au grenier, les terminer et les vendre à l'étranger. Terminer un tableau de maître est-ce réaliser un faux? Tant de plasticiens délèguent à leurs assistant qur cela ne choque personne. Lori hésite, elle a un contentieux avec Julian Sklar, qu'elle admire, il l'a humiliée dans une émisssion de télévision alors qu'elle n'était qu'une étudiante de 19 ans.

Julian Sklar veut priver ses enfants qu'il méprise de l'héritage qu'ils convoitent. Les Christophers doivent être détruits et c'est précisément pour cela qu'il a embauché Lori. 

Rien ne se passe comme prévu.

On ne s'ennuie pas, c'est presque un thriller artistique. Acide. Drôle.En prime, une balade dans Londres entre lofts d'artistes et quartiers cossus. 

j'ai beaucoup aimé mais je ne vous raconterai rien de plus pour que vous ayiez le plaisir de la découverte. 

mardi 23 juin 2026

L'Être Aimé - ( Cannes 2026) Rodrigo Sorogoyen avec Javier Bardem et Victoria Luengo

 

Deux films espagnols en compétition à Cannes, L'Être aimé de Sorogoyen et Autofiction de Almodovar. Tous les deux ont pour sujet le cinéma, tous les deux se déroulent en partie à Madrid et aux Canaries : Autofiction à Lanzarote, L'Être aimé à Fuerteventura.

 Comme je suis fan absolue d'Almodovar j'ai commencé par Autofiction que je n'ai pas chroniqué, une impression de déjà-vu, Almodovar fait de "l'Almodovar", brillant, coloré, mais rien de bien nouveaeu. 

En revanche j'ai été bluffée par L'Être Aimé . La puissance de Javier Bardem, sa présence, explosent. Victoria Luengo doit s'imposer en face pour exister. Et c'est justement l'un des sujets du film : Bardem joue le père, un réalisateur reconnu mondialement tandis que Emilia(Victoria Luengo) sa fille, une actrice mineure gagne sa vie comme serveuse dns un bar. Esteban-Bardem a abandonné sa famille, a négligé sa fille 13 ans durant. Il est revenu à Madrid lui offrir la chance d'un grand rôle et reconquérir son affection. Ce n'est pas gagné. Une très longue séquence dans un restaurant filmée très près, montre l'opposition entre le père et la fille. Emilia accepte le rôle, elle sera actrice dans son film, mais refuse de rentrer dans le rang de la famille et de jouer celui de la fille. 

En plus du thème père-fille. L'Être Aimé nous offre le making of d'un film, le tournage avec toutes les prises que le metteur en scène exige, jouant avec les nerfs des acteurs et des techniciens. Le tournage de la scène du repas explose, d'abord en fou-rire (les nôtres aussi, spectateurs dans la salle, puis en rebellion des acteurs. Esteban-tyran-maître de son film est d'une violence insoutenable. A l'époque de metoo, le mâle alpha a plus de mal à s'imposer!

J'ai beaucoup aimé le presque documentaire sur le tournage. 

dimanche 17 mai 2026

Histoires parallèles (2026) un film d'Asghar Farhadi avec une distribution fabuleuse

 


j'aime beaucoup cette affiche qui montre le casting fabuleux et qui ressemble à une pellicule de film

Asghar Farhadi nous a dévoilé les intérieurs persans : j'avais beaucoup aimé Une séparation, A propos d'Elly, moins convaincue de son dernier film espagnol malgré la participation de Javier Bardem et Penelope Cruz. J'avais craint que, loin d'Iran, son cinéma perde de l'authenticité. Histoires Parallèles est un très bon cru. 

Jeux de miroirs, entre ces histoires qui se déroulent de chaque côté d'une rue parisienne. l'histoire bégaie entre le récit de l'écrivaine (Isabelle Huppert) qui épie à la longue-vue les occupants de l'appartement d'en face. Histoire qui se répète dans le temps avec quelques variantes : jeu des sept erreurs de mon enfance. Où se trouve la vérité? et la part de l'imagination. 
Jeux de création, écriture et cinéma. L'écrivaine, en bout de course, abandonne son manuscrit (dactylographié pas un fichier informatique, zéro IA garanti. Adam, homme à tout faire embauché pour déménager l'appartement, le récupère, le recopie à la main et se trouve, à son insu, dans un projet d'écriture. 
Cinéma : ce film nous fait découvrir un aspect très discret du cinéma : le bruitage et c'est passionnant. 
Je pourrais encore évoquer ce film qui résonne plusieurs jours après la séance mais c'est à vous de le découvrir. 





jeudi 14 mai 2026

Collapse Face à Gaza - Israël 2026 un film d'Anat Even




Comment au-je pu m'infliger cette punition, cette souffrance? 
Plus d'une heure à entendre les explosions. Voir des engins de destructions, tanks et  megapelleteuses montées sur chenilles, blindées, grillagées arraser maisons, champs applanir le paysage, labourer les dunes. Toute la séance j'ai eu l'impression que le nuage de poussière était sur moi et que j'en étais étouffée. 
Je savais ce que j'allais visionner quand  j'ai traversé tout Paris, courru pour ne pas louper la séance. Il fallait que je le voie que je boive jusqu'à la lie cette amertume. 





N'allez pas croire que ce documentaire soit superflu après toutes les images de la télévision. C'est un témoignage essentiel (pour moi tout au moins) . A vrai dire, on ne voit rien qu'on ne connaisse déjà, la destruction brutale et systématique, les villages qui disparaissent. Mais c'est l'angle de visée qui est intéressant. La documentariste filme de sa voiture, sur une route qui longe la frontière. Et c'est morne, interminable. A vrai dire, on ne voit rien. On ne doit rien voir, des parkings, des engins. Si elle amorce un virage vers Gaza, elle est rapidement empêchée, terrain militaire, interdit d'entrer! Aimable mais ferme, le militaire lui interdit d'aller plus loin. 
Si on veut un point de vue dégagé, il y a des observatoires aménagés, fort bien aménagés, ma foi, où des badauds viennent en touristes, prennent des selfies (dans le meilleur des cas) ou déverse une haine inimaginable. Slogans et cris. Il me vient à l'esprit le Viva la muerte, des franquistes. 
Amour de la terre sainte? d'abord on détruit tout, on laboure, on arrase et sur cette table rase on construira quoi? Paysage défiguré, humanité déshumanisée. 
Images désolantes de ce kibboutz Nir Oz aux maisons saccagées, brûlées, aux intimités violées. Il reste les jardins, Ces jardins que j'aurais pu entretenir, dans mon passé de kiboutznikit jardinière. La nature est luxuriante. Paons et chats règnent quand les humains ont disparu (presque). 

Que reste-t-il du camp de la Paix, la réalisatrice leur donne une parole dans des manifestations dérisoires. Elle lit les écrits d'un médecin palestinien. Les lettres d'un ami expatrié. 



C'est d'une tristesse infinie, mais je m'en serai voulu de l'avoir laissé passé dans l'indifférence. 
 

 

lundi 11 mai 2026

Soumsoum, la nuit des astres - (2026) un film de Mahamat-Saleh Haroun (Tchad) scénario Laurent Gaudé




 Envoûtant, magnifique, étrange, exotique. 

Un voyage au Tibesti dans un village traditionnel aux maisons de terre, malmené par des pluies torrentielles. Sur le plateau de l'Ennedi où les pierres et les pitons rocheux semblent avoir des visages humains qui nous regardent. Où les peintures rupestres nous renvoient à la Préhistoire, aux femmes-sentinelles d'avant la tradition islamique. 

Kellou est habitée de visions, elle n'a pas connu sa mère . Elle est liée à Aya, rejettée par le village parce que femme seule, un peu sorcière aussi. 

Images de jour, couleurs pétantes des robes des femmes. Images de nuit, magiques

Laissez vous emporter, le voyage en vaut la peine. 

samedi 2 mai 2026

A voix basse - Leyla Bouzid - Tunisie (2026) avec Hiam Abbass


 Lilia, tunisienne, la trentaine, ingénieure, vit à Paris avec Alice. Elle rentre dans sa famille à Sousse à l'occasion de l'enterrement de son oncle Daly. Alice est à l'hôtel. Funérailles traditionnelles, les hommes en bas, les femmes à l'étage autour de la grand-mère, la matriarche. Hiam Abbass joue la mère, Wahida, de Lilia, elle est médecin, divorcée. Famille bourgeoise, éduquée qui mélange pittoresquement le français à l'arabe et qui ne manque pas un épisode de Question pour Un Champion (même en période de deuil). 

Famille unie, mais cachant un secret. Irruption de la police qui enquête sur la mort de Daly retrouvé nu sur la voie publique. On essaie d'étouffer le scandale. Daly était homosexuel. Etait-ce un crime homophobe? En Tunisie l'homosexualité est punie par la loi. La mère de Lilia semble comprendre Daly. Admettra-t-elle l'homosexualité de Lilia? Encore un non-dit, Lilia n'est pas prête à un coming out. C'est Alice qui va gaffer en présentant ses condoléances à la famille. Comment Lilia va-t-elle la présenter? Ce sera la "coloc" , no pas la compagne. Décalage total entre la sensibilité occidentale de la jeune femme blonde extravertie et la tradition familiale. 

Lilia mène l'enquête sur la mort de son oncle dans un bar gay, elle retrouve les relations de Daly et finit par arriver au poste de police. Pour Daly, un notable, l'affaire sera classée mais pas pour un jeune de la campagne, témoin du meurtre. Quant à Lilia qui se déclare homosexuelle et réclame d'être arrêtée comme le jeune berger, ce n'est pas un sujet. l'homosexualité féminine n'existe tout simplement pas. 

j'ai beaucoup aimé ce film avec des actrices excellentes (pas de surprise pour Hiam Abbass, je suis fan depuis longtemps) . 

encore un film qu'il faut guetter parce qu'il ne passera peut-être pas longtemps dans les salles!

samedi 18 avril 2026

Nous, l'orchestre un film de Philippe Beziat(2026)

 

présenté en avant-première aux Cinémas du Palais en présence du réalisateur Philippe Beziat qui était aussi venu présenter Les Indes Galantes de Rameau mis en scèen par Corgitore que j'ai vu et revu au moins 5 fois. 

Pour présenter le film étaient également présents le directeur du Conservatoire de Créteil et le professeur de Direction d'orchestre : soirée musique, très pointue. Attention particulière au son diffusé dans la salle par différents haut-parleurs . C

Ce n'est pas une captation de concert mais plutôt un "documentaire-symphonie"comme l'a qualifié le réalisateur. Il faut impératàivement voir ce film en salle pour goûter les effets musicaux. A la télévision, ce sera un spectacle agréable mais l'effet de volume et de masse mouvante ne sera pas reproductible. 

L'objet du documentaire est de faire ressentir de l'intérieur la vie d'un orchestre avec ses 120 musiciens qui doivent travailler ensemble mais qui existent individuellement. Le cinéaste a donc travaillé sur la distance pour nouer des relations avec différents musiciens, pas forcément les solistes et aller chercher ce qui se passe dans chaque coin de l'orchestre. Placer des micros qui captent les sons produits dans différents emplacements avec une multitude de micros. Puis restituer au montage non pas le son que le spectateur entend assis à sa place dans la très belle salle de la Philharmonie mais précisément ce qu'entendent les cuivres, puis un alto. Attention aux visages, si divers, hommes, femmes,très jeunes ou plus âgés. 

Evidemment le chef d'orchestre a une place de choix. Klaus Mäkelä est un chef magnifique très charismatique. On comprend le rêle du chef qui distribue les rôles, explique la partition, met en lumière une famille d'instrument, puis une autre. Intéressant point de vue du réalisateur : il ne laisse pas la vedette à un seul chef, montre l'arrivée d'une cheffe invitée.

Et puis il y a des images époustouflantes de la très belle salle de la Philharmonie, images d'ensemble qu'on n'aura pas assis à la place de spectateur. 



Et bien sûr : la musique! sans présentation, sans sous-titres. J'ai mesuré mon ignorance tandis que mes collègues spectateurs étaient capable de reconnaître les mouvements...mais quelle importance, il n'est pas obligatoire d'être musicologue pour se laisser transporter.


vendredi 17 avril 2026

Soulèvements Thomas Lacoste



 


Le 23 mars 2023, à Sainte Soline, eurent lieu des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants avec plus de 200 blessés. A la suite de cet évènement le ministre de l’Intérieuseptuagr Gerald Darmanin a qualifié les manifestants d’écoterroristes et demandé la dissolution du Mouvemement des Soulèvements de la Terre. Cette mesure de dissolution a été depuis annulée par le Conseil d’Etat. 

Le réalisateur Thomas Lacoste présente dans ce film un tout autre visage de militants des Soulèvements de la Terre et des images bien différentes des vidéos violentes que les télévisions ont médiatisées. 

Le film se présente comme une série d’interviews : 16 visages, 16 voix tantôt un personnage seul, tantôt à deux. Hommes et femmes, jeunes, trentenaires, mais aussi un père et sa fille, un septuagénaire, maire d’une commune rurale, engagé auprès des instances régionales et syndicales. Nous avons l’occasion d’entendre une éleveuse qui est également bouchère (et toc, un préjugé saute « tous des végétariens »).  Deux habitants du Tarn, en lutte contre l’A69, un jeune et un plus vieux, et les cabanes des écureuils dans les arbres. Deux habitants de La Clusaz   ont occupé l’emplacement d’une retenue collinaire pour la neige de culture et ont réussi à détourner le projet. Encore en montagne une jeune fille  raconte une un camp sur le seul endroit où l’hélicoptère apportant le matériel pour une station de téléphérique sur un glacier, pour stopper les travaux. Un naturaliste nous parle du chant de l’engoulevent et de la protection de l’outarde canepetière. Je n’ai pas tout retenu. Un groupes des « greniers » fournissant des repas aux grévistes…

En revanche, c’est plutôt la bienveillance et le soin vis à vis des personnes et des animaux qui prévaut dans leur discours avec une douceur étonnante. Pas de slogans, pas de rancoeurs martelées. Un attachement au terroir dans lequel ils ont grandi et qui est massacré par la construction d’une autoroute ou de bassines. Une attention aux rivières, aux espèces menacées. Un lien avec le paysage qui différe de l’image « black block » que leur collent les médias et les politiques. Le goût du travail « bien fait » et du « fait main » quand ils construisent les charpentes des cabanes.

Bienveillance et mesure : chaque fois, ils soulignent l’importance de faire l’action juste, et juste au bon endroit. Economie de moyens. Quelques campeurs sur un rocher peuvent suffire. Une ZAD, une zone à défendre, cela peut être un bois, un marais, l’habitat d’un oiseau. On est très loin du terrorisme…



C’est un très joli film où les interviews sont entrecoupées de très beaux paysages. Oh le regard de la vache qui profite des derniers rayons du soleil! Et la brume sur le plateau de MilleVaches….Un film très construit, interludes de cascades, générique de fin intrigant.

vendredi 3 avril 2026

Silent Friend (2026) d'Ildyko Enyedi


 C'est un très beau film contemplatif. Il faut disposer d'une belle après-midi ou soirée et être complètement disponible pour le goûter. Amateurs de thrillers, de romances,  de course-poursuites et de films d'action, fuyez, ce n'est pas pour vous! 

Vous êtes transportés dans le temps, trois histoires se déroulent, se tressent, au début du XXème siècle, une jeune fille se destine à la botanique, elle est admise à l'université après un examen qui est une véritable épreuve, et sa vie ne sera pas facile dans cet univers masculin. Dans les années 70, un jeune étudiant versé dans la poésie de Rilke et de Goethe tombe amoureux d'une chercheuse et va l'aider dans ses recherches en arrosant son jardin et son géranium. Pendant le confinement, un professeur en neurobiologie chinois est piégé dans l'université de Marburg avec le gardien du jardin botanique. Il va utiliser ses techniques de recherches sur la communication nerveuse sans le recours de la parole, son champ de recherche concerne de très jeunes bébés : il va les entendre à la communication avec un arbre. 

Ces trois histoire, complètement indépendantes, ont un pivot commun : le magnifique gingko biloba du jardin botanique, planté en 1832. C'est lui, le Silent Friend, le héros du film. Nous allons le voir sous tous ses aspects, son tronc impressionnant, son écorce, le chevelu des ses racines et évidemment son feuillage qui va se teinter d'or à la fin. 

Comment entrer en communication avec cet être vivant silencieux? Le professeur chinois va connectre des capteurs à son ordinateur. La jeune botaniste trouve réconfort et calme sous son feuillage. Quant au deux amoureux, ils cherchent à mesurer les réaction d'un géranium tranquillement posé sur l'appui de la fenêtre. 

Le film vous réservera d'autres surprises. Il suffit de se laisser porter. Quelques indices permettront de s'y retrouver. L'histoire qui se déroule à la Belle Epoque est en costume, et en noir et blanc, dans les années 70 les couleurs sont criardes et en 2020 ordinateurs, téléphones portables seront les marqueurs. 

Si vous acceptez de ne rien y comprendre pendant la première demi-heure, et qui vous vous laissez emporter vous y prendrez beaucoup de plaisir visuel!

mardi 31 mars 2026

Un jour avec mon père (2026)Akinola Davies Jr - Nigéria

 

le film commence à la campagne : deux enfants seuls sur un banc : Akinola 8 ans, Olarémi 12 ans. Deébut fantastique, on se croirait dans un rêve. Il sera beaucoup question de revenants   et de rêves...

Folarin, leur père, les emmène à Lagos. Le voyage est toute une aventure :  le taxi-brousse  tombe en panne d'essence, puis à 4 sur une moto-taxi, enfin dans une voiture briguebalante. 

Lagos 1993, tentative de démocratie "democrazy", la ville attend le résultat des élections. Des voitures remplies de militaires patrouillent, menaçants. 

Nous découvrons Lagos, son marché, sa foule, les maquis où boire un verre, le pont le plus long d'Afrique, la plage. Cela suffirait à mon bonheur, de me sentir transportée là. Ecouter leur Anglais, comme j'aime écouter le français des béninois, leurs voisins que je connais un peu. Le film vire au documentaire. 

Il y a aussi une histoire, l'histoire d'un père absent qui se raconte à ses enfants. Occasion unique de transmettre l'histoire familiale. Histoire d'un frère disparu. Histoire de la mère, absente. Un visage d'une serveuse insistant : une maîtresse? Quelques heures à jouer dans l'eau....

Les élections sont annulées, la démocratie ne sera pas pour ce jour. 

mardi 24 mars 2026

les Rayons et les Ombres - Xavier Giannoli avec Jean Dujardin et Nastya Golubova




J'ai hésité à voir ce film : 3h15 en compagnie de collaborateurs et de nazis qui fument et boivent des coupes de champagne avec des petits fours, cela ne me disait rien du tout. Malsain? Sûrement la complaisance avec ces sinistres personnages, pas mon truc. Malsain? toux et crachats de tuberculose. 

J'ai appris que  c'est une histoire vraie, Jean Luchaire a vraiment été un patron de Presse.  Passé d'un pacifisme de gauche après la Grande Guerre, à une collaboration abjecte et un antisémitisme complaisant. Jean Luchaire a vraiment existé, il a été fusillé en 1946. Otto Betz a eu plus de chance, il a écopé de la prison à perpétuité. Corinne Luchaire a vraiment été une actrice a succès et doit sa carrière à deux réalisateurs juifs. Savoir que cela s'est vraiment passé donne à réfléchir. 

On ne s'ennuie pas pendant ce très long film mais il manque à Giannoli le génie de Pasolini dans Salo ou de Fellini dans les scènes sulfureuses qui sont encore bien sages : orgies et partouzes mais pas scènes flamboyantes d'enfer. Il y a aussi les crachats et le sang, la mort qui rôde. Ne rôde-t-elle pas aussi pour tous les Juifs menacés, les raffles, les Résistants? On ne s'intéresse que marginalement à ces derniers sauf pour fournir à des connaissances quelques Ausweis qui soulagent la conscience.....

Comment devient-on un collabo? comment devient-on un salaud? On se pose la question en sortant de la séance. Les analogies avec notre actualité ne manquent pas. 


jeudi 12 mars 2026

Rabia(2024) un film de Mareike Engelhardt avec Megan Northam et Lubna Azabal (vu à la télé)



Ce n'est pas un film aimable. Certaines scènes sont insupportables même si (dans les Midi de Culture CLIC) la réalisatrice déclare avoir évité de montrer la violence et l'avoir laissé hors-champ. 

C'est le film des jeunes filles françaises venues en Syrie rejoindre Daech. C'est le film de l' endoctrinement, le film de l'emprise. 

Jessica, 19 ans, infirmière, et son amie Leila débarquent à Raqqa dans une "Madafa" en attente d'un mari. Cette maison tient de la prison, du centre d'endoctrinement et du bordel. Elles sont parties pour s'engager, alors qu'en France "on ne les écoutait pas". Etonnamment, la religion ne semble pas avoir une position prépondérante. Ni le combat politique. L'important c'est d'être prête pour le "mariage" avec un combattant. D'être sexy (étrange scène avec des sous-vêtements porno), d'être docile. Justement ces filles ont quitté leur famille, leur vie parce qu'elles étaient rebelles. Speed-dating : 15 minutes de présentation avant le mariage (robe blanche, voile de dentelle) et consommation immédiate. Pas le choix du partenaire. Pas le choix de refuser  non plus. Jessica refuse ce qu'elle considère être un viol. Elle va être punie par Madame (Lubna Azabal). Privation de nourriture, coups de fouet. Comment réduire à néant une rebelle, la transformer en bourreau de ses soeurs. Comment subir l'emprise de Madame . Effrayant. 

J'ai visionné avec effarement un tel spectacle. Je me suis demandée s'il s'agissait d'u  film de propagande, à quoi correspondait un tel film. Eh bien, c'est une histoire vraie. Madame existe vraiment, en fuite, elle est convaincue de crime contre l'Humanité. Les jeunes filles sont bien sûr fictives mais la réalisatrice les a rencontrées avant d'écrire le scénario. Sans jugement de valeur. Elle a pensé à l'Allemagne, sous le nazisme. Comment devenir un bourreau. 

Et maintenant que faire de ces femmes et surtout des enfants nés en Syrie? 


mercredi 25 février 2026

Rue Màlaga - Maryam Touzani


 

Quelle merveilleuse soirée, cette avant-première en présence de Maryam Touzani aux Cinémas du Palais. Salle comble, j'avais pris mon billet sur Internet pour être sûre d'entrer. 

Sans avoir lu les critiques. Les noms de Maryam Touzani dont j'ai tant aimé le Bleu du Caftan et Adam avant, et Carmen Maura ont suffi pour me faire réserver la soirée plusieurs semaines à l'avance. j'oubliais : Tanger est la vedette du film avec son marché, ses épiceries, ses cafés et la lumière. Ville multiculturelle, à moitié espagnole. le film glisse d'une langue à l'autre,, d'une cuisine à l'autre, de churros en tapas chez Maria-Angel, en couscous chez sa voisine . Plaisir de la cuisine. Couleurs vives des fleurs. Nostalgie de cette communauté espagnole qui a vieilli et s'éteint. 

Et je n'ai pas été déçue. 

Carla, infirmière à Madrid, mère de deux enfants, en instance de divorce, veut vendre l'appartement de sa mère à Tanger. Maria-Angeles, 79 ans, ne se laisse pas faire. Elle est née à Tanger et compte bien y mourir. Maria Angeles est un personnage : une femme pleine de vie qui compte bien vivre encore chez elle. Et la vie lui réserve encore des surprises. 

Malgré la tragédie de cette mère mise à la porte  par sa fille et enfermée dans un EPADH, on rit beaucoup, et de bon cœur., surtout par les confidence très crues de Maria Angelès. 






Et, en bonus, Toda una vida de Maria Dolores Parada qui est la chanson du film. 




jeudi 5 février 2026

LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT - Hasan Hadi (Irak) 2025


Irak 1991 , première Guerre du Golfe.
Le pays  vit sous les bombardements américains. Les sanctions ont vidé les magasins. Trouver 5 oeufs, de la farine et du sucre relève de l'exploit, surtout quand on a 9 ans et qu'on vient des marais. Lamya et Saeed  ont été tirés au sort en classe pour apporter le gâteau d'anniversaire du Président, ils doivent trouver ces ingrédients sous la menace du déshonneur, de punitions....
Le cinéaste dans le  dépliant raconte que cette anecdote vient de son vécu d'écolier. Dans la corruption généralisée les élèves favorisés échappent à ce tirage au sort en rendant un service à l'enseignant. 
C'est un très beau film avec des images magnifiques. Presque un film d'époque dans des décors étonnants : les marchés, une mosquée de briques émaillées avec ses coupoles et surtout  ces merveilleuses habitations de roseaux dans le marais.
les acteurs, des non-professionnels sont excellents, la petite fille est craquante.
Une véritable réussite. Avec de l'action, des poursuites, des personnages....