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samedi 28 août 2010

Arrivée à la Havane - hôtel Valencia


Arrivée à la Havane à 24h15 : 18h15, heure locale, le taxi fonce dans la nuit. Je vérifie au passage ce qu’ont annoncé les guides : les belles voitures américaines, les bus à rallonge à deux bosses comme des chameaux, les panneaux et inscriptions politiques vantant l’électrification et l’eau potable pour chacun, la défense de la Révolution et la Lutte contre l’Impérialisme. Ce qui n’était pas prévu : une pollution suffocante.

Le taxi passe devant le Monument de Marti., place de la Révolution, puis emprunte le Malecon. Je commence mes premiers repérages dans la ville. Il stoppe à l’entrée de la zone piétonnière de la Habana Vieja. Nous terminons à pied. La valise ne roule pas sur les pavés.


L’Hôtel Valencia occupe un palais de pierre; son patio verdoyant dégouline de plantes. Notre chambre est tout à fait extraordinaire., située au premier étage sur une galerie couverte faisant le tour du patio. Au lieu d’un numéro, un nom : Onteniente. La haute porte en bois, plutôt un portail, laquée vert foncé s’ouvre à deux battants, avec ses trois panneaux elle mesure au moins 3.5 m. Le plafond de bois vert incliné monte au moins à 6 m. La « chambre » est immense, murs crème, boiseries vertes. De la faîtière est suspendu un très grand ventilateur blanc à trois pales et au bout d’une lourde chaîne, un lustre en fer forgé avec six petites lampes sur des coupes de faïence à motif floral. Le mur qui fait face aux lits est curieusement aménage : un beau miroir encadré de carreaux blancs et verts domine une paillasse blanche carrelée avec lavabo et mini-bar. Dans les murs trois niches : W-C, douche et un grand placard. Les portes des niches sont des portes battantes qui ressemblent à des persiennes. Un paravent canné laqué vert cache la fenêtre surmontée d’une rosace de verre cathédrale. La fenêtre est barrée tout simplement d’une barre de bois. Nous nous aventurons avec précaution sur le balcon (tout semble délabré !).


De l’autre côté de la rue, nous découvrons les logements par les fenêtres ouvertes. L’un d’eux semble très modeste : toile cirée, canapé de skaï élimé, coussins de mousse synthétique même pas recouverts. Plus loin, un autre est tout à fait décoré : les balcons descendent des bougainvillées, un rectangle coloré en vitrail coloré est suspendu au dessus des fleurs, à l’intérieur de beaux meubles de bois sombre, une lampe Tiffany . La femme qui habite là prend le frais en short orange et débardeur. Elle me fait signe.


Première promenade dans notre quartier, les rues sont vides, les terrasses des cafés de la Place d’Armes attendent les clients. Il est huit heures, trop tôt ? Ou trop tard ?


Nous sommes fatiguées et nous couchons à 9 heures (3 heures du matin pour nous).

premier jour à la Havane, achats


Vendredi 13 février

Sans être superstitieuses, ce vendredi 13 ne nous porte pas chance !
Avec le décalage horaire, nous nous réveillons bien trop tôt vers 4 heures du matin., impossible de se rendormir.

Le petit déjeuner est servi dans le patio : une corbeille de petits pains frais, une assiette de fruits : papaye, ananas, pamplemousse en tranches, tortilla et très bon café. Je me livre à l’inventaire des fougères et plantes tropicales qui dégringolent de la galerie.

Acheter une carte de téléphone et une pile électrique

Il fait frais, la lumière est délicieuse. L’appareil photo est inanimé. Avant tout, faire l’acquisition d’une pile. Et d’une carte de téléphone. La rue de l’hôtel Oficios, bordée de belles maisons de pierre coloniales, conduit à la Place San Francisco, très vaste et déserte ce matin. L’église et sa fontaine de pierre font face à un très grand immeuble début 20ème siècle, une grande banque et une Poste où nous devrions trouver la pile et les cartes de téléphone. Rien, nada! Les rayonnages sont déserts : ni carte (malgré un écriteau) ni pile !

Nous consultons le plan ,assises Place d’Armes, occupée par un très joli jardin public: au centre, la statue de Cespedes entourée de 4 fontaines de pierre, de palmiers très hauts et d’arbres magnifiques.
De là, nous prenons la rue Obispo, artère commerçante. Il est encore trop tôt, les magasins n’ouvriront pas avant 9h30.
J’entre dans les hôtels,.Ambos Mundos abrite la chambre Musée d’Hemingway, et au Florida qui nous vend deux cartes de 10$. Nous trouvons rapidement une cabine téléphonique Pour appeler la France : 119 33 et le numéro sans le 0. Jusque là, tout va bien.

La Calle Obispo commence à se peupler. Il semble que les Cubains arrivent en avance au boulot et se massent devant les entrées des magasins et des bureaux avant l’ouverture.

Pour la pile, c’est beaucoup plus compliqué. Aucun magasin ne vend de pile. Il y a des boutiques de vêtements de luxe, des librairies, des cafés, des bazars mais pas de magasins de photos ni d’électricité. Dans les boutiques pour Cubains, les rayonnages de bois sont vides. Ceux du Cap Vert étaient mieux achalandés ! Du rhum, quelques biscuits secs sinon rien ! Pas de fruits, une boucherie déserte. Deux échoppes d’horlogers prétendent d’après un écriteau, réparer presque tout, mais elles sont vides . Au bout d’Obispo : le Floridita, le bar Hemingway, est fermé.

Des cubains trop aimables

Pause dans le jardin du Parque Central. Au loin, nous reconnaissons le Capitole. De l’autre côté de l’avenue l’hôtel Ingleterra et l’Opéra. Façaces Belle Epoque très surchargées. Nous nous installons sur des bancs de pierre à l’ombre d’arbres magnifiques. Ici aussi, des fontaines rafraîchissantes. Un couple s’adresse à nous en Français, elle, métisse aux cheveux courts teints en blond, lui très grand. Ils sont très contents de trouver des français et répètent inlassablement:
- " à La Havane, pas de problème, 3 millions d’habitants, un million de policiers, pas de maffia, pas d’insécurité ».
Ils vantent les chambres particulières et les paladares. Puis expliquent:
- « A Cuba trois monnaies, le dollar, le peso national, ce n’est pas pour vous, et le peso convertible »
C’est assez clair, leur but est de nous amener à changer des dollars pour des pesos convertibles. Ils connaissent un endroit au quartier chinois. Ce n’est pas notre première préoccupation, nous cherchons une pile pour l’appareil photo. Ils nous emmènent donc à un magasin qui en vend en nous faisant passer par des rues désertes très délabrées où les voitures ne peuvent pas circuler à cause de trous immenses. Nous trouvons notre pile et de l’eau fraîche. Après les achats nous leur faussons compagnie, ils demandent une commission. Je suis assez mal à l’aise de les planter ainsi mais le quartier chinois n’entrait pas dans nos plans. En longeant le Capitole nous retrouvons le Parque Central très rapidement .

Déception, avec la nouvelle pile, l’affichage électronique de l’Olympus clignote mais le flash reste immobile et le zoom inerte. La panne doit être plus grave.
J’aurais bien photographié l’Opéra, très kitsch, très très pâtisserie. Ce soir, on donne la Traviata, dans ce décor cela m’aurait bien plu.

Retour sur Obispo, chez les horlogers réparateurs polyvalents. Je confie l’appareil à l’un d’eux. Selon lui, la pile ne serait pas bonne. Nous n’avions que moyennement confiance dans le magasin minable. Peut être est elle périmée ? On nous dirige vers le grand magasin Harris Brothers où nous trouvons une autre pile. Encore une déception ! On ne peut pas se faire rembourser. J’achète deux jetables. Puis je regrette. J’essaie d’échanger les jetables contre un petit appareil bon marché. Pas question ! À Cuba on n’annule pas un article passé en caisse. Nous restons avec les jetables.

Une foule dense occupe maintenant Obispo, des échoppes de sandwiches sont ouvertes (pour nous c’est trop tôt) Les boutiques ouvertes semblent plus avenantes. Je commence à photographier les façades peintes. Sur une placette fleurie, des oiseleurs vendent des oiseaux dans des cages. Les bouquinistes ont installé leurs étals sur la Place d’Armes. Tous ces livres me fascinent : œuvres de Lénine, de Che Guevara en bonne place ainsi que Garcia Marquez ; Il y a aussi de vieilles éditions avec de belles reliures. Un marchand très jeune, style étudiant me montre un traité de Charcot sur les maladies cérébrales. De nombreux fascicules sur la Flore et la Faune de Cuba me tentent.

Je retourne à l’hôtel chercher mon chapeau de paille, il est passé onze heures et le soleil tape. A la réception je raconte mes mésaventures avec l’appareil photo, espérant qu’on m’indiquera un dépanneur : Habana-photo derrière la Place d’Armes semble la bonne adresse. Ce sont de vrais photographes. Malheureusement, leur diagnostique est fatal. La pile est bonne, les contacteurs sont fichus. Cela ne nous étonne qu ' à moitié, après le nettoyage au compresseur au Maroc .Il ne reste plus qu’à en racheter un neuf ! La boutique ne prend pas la Carte Bleue. Je cours à la banque place San Francisco. Le mauvais sort du vendredi 13 me poursuit : panne informatique ! Je rachète presque le même Olympus pour 254$ (à Roissy hors taxe il y en avait des modèles plus perfectionnés pour 99 €) .
Sieste jusqu’à 15 h. Le décalage horaire se fait sentir.

La Place d’Armes est maintenant pleine de touristes ; dans les bars des petits orchestres jouent de la musique partout. La Forteresse Royale (Real Fuerza) a belle allure. Reconstruite au 16ème siècle dans un beau calcaire fossilifère, beaux madréporaires. Au rez de chaussée, exposition de céramiques contemporaines. Certaines classiques : vases et plats émaillés, d’autres plus originales : une machine à écrire et de curieux livres de terre, aussi politiques : un globe terrestre posé sur des crânes humains, un œuf avec un bébé à l’intérieur tétant le sein, des images violentes. Nous montons sur la terrasse admirer le panorama. Et découvrons un marché. On y vend des souvenirs pour les touristes : sculptures de bois de style africain, des bijoux sans intérêt, de la vannerie et de très beaux linges, chemises d’homme à plastron plissé, combinaison de femmes en percale blanche brodée, pantalons blancs …Un orchestre noir et deux danseuses animent une petite place . Je ne résiste pas à la tentation de photographier la danseuse noire qui agite des branches de verdure. Elle vient me réclamer la pièce, je donne quelques pesos qui ont l’air de la contenter.

Nous passons à côté d’un très beau bâtiment baroque :le séminaire, en activité, qui ne se visite pas. Nous découvrons la Place de la Cathédrale bordé de très belles arcades d’un côté. Nous photographions la cathédrale à travers la colonnade et le bougainvillée rose. Une belle terrasse de café occupe une bonne partie de la place, des musiciens jouent, des femmes en costume folklorique, des fleurs dans les cheveux, avec des turbans africains ou antillais portent des paniers, elles se font photographier par les touristes .Les vieilles fument d’énormes cigares. Une vieille femme a même habillé un petit chien en l’affublant de lunettes de soleil et d’un tournesol artificiel.

De la Cathédrale, nous retournons à la Place d’Armes où nous visitons le Musée de la Ciudad dans le Palacio de los Capitanes Generales. Autour d’un beau jardin avec des paons, les arcades s’élèvent sur trois niveaux. Une gardienne nous fait les honneurs des salles d’apparat, nous montre les baignoires sculptées, le Trône, les meubles magnifiques venant d’Espagne … et prend l’appareil photo, et d’autorité, me photographie. Ce qui m’intéresse le plus ce sont les souvenirs des guerres d’Indépendance de Cuba. Nous faisons connaissance avec les personnages de ces guerres Cespedes, Marti. Nous voyons les drapeaux américains de cette guerre contre l’Espagne et prenons contact avec une histoire complètement ignorée.
Enfin, nous passons par l’église San Francisco. Par les portes ouvertes nous voyons l’intérieur sobre mais renonçons au Musée d’Art sacré. Arrivons à la Vieille place plaza Vieja : très très vaste. Pas de touristes, beaucoup d’enfants, des gamins jouent au ballon, d’autres ont une trottinette et des patins à roulette. Au centre une fontaine, une exposition de sculptures modernes gigantesques en fer rouillé.

De retour à l’hôtel, la malédiction du Vendredi treize a encore frappé.! Notre guide Gallimard a disparu. Je retourne en vitesse à la Plaza Vieja par le chemin le plus direct : Obrapia (sur laquelle donnent les fenêtres de notre chambre) Santo Ignacio. Je suis contente d’arriver à me repérer dans notre quartier, malheureusement, le livre est passé par pertes et profits. Le réceptionniste nous monte dans la chambre une salade de poulet et des calmars pour 10 $.

Après le dîner, nous faisons un dernier tour : Place d’Armes et le petit Temple grec qui commémore la fondation de La Havane. Nous longeons les docks (un cargo rouillé sur l’autre rive) et rentrons par la Plaza Vieja espérant retrouver le guide Gallimard. Les rues sont désertées par les touristes mais il y a de la musique dans tous les bars.

Si les péripéties de la journée ne nous ont pas permis de visiter sereinement et méthodiquement la Vieille Havane en suivant studieusement les itinéraires des guides comme nous le projetions, en revanche nous avons ratissé le quartier et découvert au hasard des maisons peintes à balcons, des moulures et stucs Belle Epoque, des façades baroques ou coloniales, sans parler des vitraux en demi cercle surmontant souvent les fenêtres.

Vinales : l'hôtel los jazmines


L’hôtel a beaucoup d’allure. C’est une grande bâtisse rose adossée à la colline qui regarde vers la vallée. Devant l’hôtel, une magnifique piscine. En contrebas, une série de bungalows.

Nous sommes arrivées trop tôt. La chambre ne sera prête qu’à deux heures. La mauvaise humeur de Dominique s’aggrave

Je commande des spaghettis servis sur le bord de la piscine Le temps est plus frais qu’à La Havane mais la piscine me fait bien envie.

Nous avons la meilleure chambre de l’hôtel au deuxième étage, au dessus de la piscine. Sur le balcon on peut installer deux grands fauteuils de rotin genre Emmanuelle et admirer la vue sur les mogotes. Dans la chambre tout le mobilier est en rotin. Les lits jumeaux sont recouverts d’un tissu fleuri.

Déception : la piscine est glacée. Seuls les Hollandais et les gamins s’y aventurent. J’aime tellement la piscine que généralement je n’hésite pas. A Marrakech et à Assouan, j’y nageais seule. Ici, l’eau est vraiment trop froide. Le guide est passé nous proposer ses services pour les randonnées. Il prétend qu’il est défendu de se promener seul dans le Parc Naturel Patrimoine de l’Humanité. Ceci entretient la mauvaise humeur de D qui crie à tous les vents qu’elle veut être libre et en appelle à la Révolution. Je lui fais remarquer que ce n’est pas malin de parler ainsi et que cela risque de nous causer des ennuis.

Heureusement, l’après midi prend une meilleure tournure quand je viens chercher mon nouveau carnet moleskine (le même que celui d’Hemingway, c’est une référence !). La vue est vraiment pittoresque. C’est avec plaisir que je noircis 3 feuillets avec la silhouette des mogotes, une étude de palmier et de la végétation du coin. Dessiner sur ce carnet est un véritable plaisir. Le format, un peu petit, réduit les possibilités de composition, mais cela rend le travail plus facile. La qualité du papier, (plutôt de la carte), glacée, crème me plaît Je dessine pour observer. Rapidement la lumière change. A 17h30 il nous reste une bonne heure avant la nuit pour aller à la découverte des environs de l’hôtel. A l’opposé de la vallée, vers Vinalès, nous trouvons un bon chemin de terre qui conduit à des fermes. Dans un jardin impeccable, un vieil homme arrose ses salades avec un vieil arrosoir. Un homme sur une charrette tirée par un cheval propose de nous conduire à Vinales.

Devant une maison de planches, un cheval attaché souffle et gronde. Rencontre avec de petites chèvres bicolores, un chevreau blanc si petit. La nuit tombe. Il faut rentrer. Trois enfants jouent, on les photographie Dominique offre au petit garçon brèche dents la petite souris en plastique que nous avons emportée pendant nos voyages divers sans la donner .Notre promenade nous enchante et termine bien la journée.

Malheureusement, après, cela se gâte ! On n’arrive pas à allumer les lampes de chevet. Il faut faire monter le réceptionniste. (Ce genre d’aventure se renouvelle à chaque voyage). Le snack ne sert plus rien à manger. Le restaurant buffet ressemble à une cantine peu engageante (10$). Pour finir, la Soirée de la Saint Valentin organisée par l’hôtel à l’attention d’un groupe de Canadiens du quatrième âge juste sous nos fenêtres nous empêche de dormir.

Vinales sous la pluie


Comment raconter Cuba ?
Nous vivons dans un monde parallèle pour touristes. Hôtel de luxe, autobus de luxe, monnaie différente. Les gens que nous rencontrons sont les acteurs principaux de cette industrie touristique : serveurs, réceptionnistes… Le but avoué est d’obtenir le maximum de dollars. D ne les trouve pas aimables, elle ne supporte pas leur insistance à quémander des pourboires Sans doute son ignorance de la langue y est elle pour quelque chose ? Je les trouve au contraire, très gentils. Une fois l’axiome « propina » accepté, j’essaie de plaisanter et de pratiquer au maximum l’espagnol.

Je suis ravie d’être parvenue à échanger quelques phrases. Hier, la chambrière a frappé pour proposer ses services pour notre linge. Juste après son passage, un énorme cafard se promène sur la table .J’appelle la dame toute fière d’avoir retrouvé quelque part dans ma mémoire « cucaracha, » cela ressemble à l’anglais cockroach, Elle vient la main gantée de PQ, l’insecte détale. La dame commente :
- « elle est partie déjeuner au restaurant »

Ce genre d’échange bénin m’enchante. Je n’ai as perdu mon temps à ânonner des phrases idiotes du genre « il supposait que vous ne vous opposeriez pas à ce projet ".

Ce n’est pas ce qui va me faire découvrir les secrets de l’île. J’ai d’autres occasions pour exercer mes talents. : commander des spaghettis, et revenir trois fois pour ma commande, qui prend des heures à arriver. Le serveur, découvrant que je comprends l’espagnol, me déclare, comme s’il me dévoilait un grand secret, qu’il est débordé !

Encore une anecdote : nous ne trouvons pas l’interrupteur des lampes de chevet (minuscule, sur le. socle) Dans tous les pays, nous avons eu des surprises avec l’électricité. A Chypre, il fallait que le voyant soit allumé, au Cap Vert, il fallait heurter l’abat jour.

L’animation de l’hôtel nous a tenu éveillées tard dans la nuit. Je me réveille juste au lever du jour. Sur le balcon l’humidité me surprend. Autour de la piscine le bord est mouillé. Les mogottes surgissent dans la brume. Les nuages traversent le ciel à vive allure j’ai mis un certain temps à réaliser qu’il fait très mauvais temps. Cela n’était vraiment pas prévu !
Le petit déjeuner-buffet, très abondant est le bienvenu puisqu’hier soir nous n’avons pas dîné.
Je fais des aller et retours entre la réception et la chambre pour savoir si la randonnée prévue avec le guide était maintenue malgré la pluie. Elle est annulée.

Que faire sous la pluie? Esperer

Que pouvons nous faire avec cette pluie ? La réponse est toujours la même « attendre que le temps change ! » Esperar, c’est attendre, pour moi, c’est aussi espérer. Pouvons nous espérer un changement ?

La météo existe –t elle à Cuba ? Quand j’interroge le personnel de l’hôtel, il semble que non. Pourquoi ? Deux réponses possibles.
- Soit, dans le monde ensoleillé des touristes, Cuba est un paradis où la pluie ne doit pas s’inviter. Autant la nier, même si elle s’impose, incontestable.
- Soit, à cause du blocus américain, la météo cubaine ne dispose pas des données pour prévoir le temps. La deuxième hypothèse n’est peut être pas si invraisemblable que cela, sur Internet, j’ai été incapable de trouver les prévisions pour Cuba et je n’avais trouvé que celles de Punta Cana en République Dominicaine.
- Soit, comme à Madère, une autre île, le temps est imprévisible.
Tous parlent d’un front froid.
Je suis assez surprise, je croyais que février était en saison sèche.
Puisque la randonnée est annulée, nous partons à pied par la route au village de Vinalès. Nous marchons sous une pluie intermittente.

Rencontre sous la pluie dans la campagne,

A peine, avons nous rejoint la route, qu’un homme, botté, habillé en paysan, les yeux clairs, m’aborde. Il nous a vues à l’hôtel,. Sa physionomie ne m’est pas totalement inconnue. Il nous invite chez lui à manger des pamplemousses et à boire un mojito. Je suis ravie de pouvoir entrer dans une maison cubaine. Sa maison est perchée sur la colline. Voyant le sentier raide, D renonce : ni le pamplemousse ni le mojito ne la tentent. Elle ne veut pas grimper le sentier escarpé et glissant. J’explique qu’elle a mal au genou, je montre, je ne sais pas comment on dit "« genou » en espagnol .
Leur petite maison est perchée sur un surplomb (cela me fait penser au Cap Vert) Dans la première pièce, un gamin souffreteux sous une couverture, regarde la télé, sa petite sœur, blonde est très éveillée. La mère est une brune souriante et avenante. Son mari disparaît parti éplucher un pamplemousse. Après les présentations, âge des enfants, travail, ils en viennent rapidement au vif du sujet : ils nous proposent de venir pour dîner pour 6$ du riz, du porc du potage. Je ne sais que répondre. Leur offre me tente bien après le ratage du dîner hier soir. Il n’y a rien de bon à attendre de l’hôtel. Quant à faire des provisions, c’est mission impossible. La femme me montre sa cuisine. Bien vide, en dehors d’un chauffe biberon électrique et d’une cocotte électrique en fonte primitive pour cuire le riz. Pas de cuisinière. A l’arrière de la maison, de nombreuses poules picorent. Ils en ont une vingtaine. L’homme me presse de répondre pour l’offre du dîner. J’explique qu’il faut que j’en parle à Dominique mais que je doute qu’elle puisse grimper le raidillon. Devant la gentillesse de ces gens, je n’ose pas opposer un refus brutal.

Je finis le pamplemousse et veux payer quelque chose. Bien sûr, ils commencent par refuser. J’insiste, « pour les enfants », ils me donnent un second pamplemousse pour D. Dans la maison, un petit chien très maigre reste dans mes jambes. Au mur un poster de chiens, je remarque « vous aimez les chiens » c’est le fils qui les aime. La gamine chasse un gros cafard en le poussant vers la porte. Pauvres conversations avec mon espagnol de base. L’homme cultive le tabac, il me propose des cigares que je refuse .La femme me demande mon âge. Je la laisse deviner. 45, non j’ai l’âge de sa mère, qui d’après elle me ressemble, petite grosse, énergique.
L’homme me raccompagne à la route pour connaître la réponse de D qui a pris la poudre d’escampette. Je l’appelle sans réponse, l’homme pense qu’elle n’a pas entendu. Moi, je sais qu’elle a très bien entendu et qu’elle le fait exprès. Je lui demande s’il sait siffler (si je le savais je l’aurais fait) cela a le don de l’exaspérer encore plus.

Vinales est un gros bourg composé de maisonnettes peintes en vert et en bleu ou en rose. A l’avant : un jardinet fleuri de colléus, impatiens et même de rosiers. Devant chaque maison, un auvent soutenu par une petite colonnade en ciment avec deux rocking-chairs et quelquefois une balancelle de bois. Je pense au Sud des Etats Unis, au quartier natal de Martin Luther King à Atlanta .

Sur les murettes de briques, des slogans politiques : « Socialisme ou la Mort » « nous vaincrons » Au moins trois bustes de José Marti surmontent des inscriptions patriotiques. Curieux monuments de souvenirs avec des portraits de martyrs ( ?) entourant le Che. J’ai compris de retour à l’hôtel les cinq portraits sur des baguettes disposés en étoile avec la mention "Volveran" : il s’agit de prisonniers politiques aux Etats Unis .Au dessus du bar leur photo figue avec leur biographie toujours en étoile avec" Volveran".

En ce matin de dimanche pluvieux, il y a pas mal de monde dans la rue. Les hommes bavardent sous les colonnades à l’abri. Dans une minuscule église baptiste, le pasteur fait son sermon. L’église catholique est très mignonne peinte de crème et de bleue mais elle est fermée. Il y a un temple maçonnique rose avec les compas et les outils traditionnels. On voit aussi une minuscule église pentecôtiste. Et partout les panneaux des CDR comité de défense de la Révolution.

Quelques véhicules circulent, camions et bus antiques, vieilles américaines,. Les touristes circulent en Yaris ou en Peugeot 206. Beaucoup de vélos malgré la pluie, tous bien vieux, quelques charrettes à cheval. Pas d’ânes ici, seulement des chevaux très maigres.
Les maisons portent des écriteaux proposant chambre et couvert pour les touristes. On nous invite plusieurs fois. Dommage que nous soyons à l’hôtel. ! Sous la pluie, la piscine est bien inutile. Ce serait plus intéressant d’être installées au village.

Tout m’intéresse. Les épiceries vides pour les cubains. En l’absence de marchandise visible, des tableaux noirs avec la liste et le prix de ce que l’on peut se procurer avec le rationnement.
La pharmacie est mieux garnie. La moitié des rayons est consacrée à la pharmacopée habituelle, l’autre à la médecine naturelle. Des panneaux détaillent les bienfaits de l’ail, de la manzanille et d’autres plantes.

Vinales, jardin botanique


Nous cherchons le jardin botanique qu’on nous indique aimablement .La grille est décorée de fruits suspendus coupés par moitié : (oranges, pamplemousse, grenades). La visite est guidée. D a besoin d’aller aux toilettes. La dame nous invite chez elle. Toute sa maison est tapissée de cartes de visite, de coupures de journaux. Etonnant patchwork, poupées costumées, statues pieuses, verres en cristal. Tout l’espace est occupé par ce décor insolite. Sur un poteau, une photo ancienne de Fidel Castro, un mur est recouvert de paquets de cigarettes étrangères. Sur une table, une exposition très pédagogique des fruits exotiques .les plus connus : tomates, oranges, pamplemousses grenades et les plus étrangers, caramboles, cristophines, fèves de cacao, tubercules de manioc, patates lianes, gousses de « nescafé » fournissant un ersatz de café, un énorme anone, guayabara, le fruit de la mamée, de la ceiba (baobab). Pendant que D se débat avec la chasse d’eau, je fais répéter la leçon, j’aurais dû prendre des notes. D n’ose plus sortir des cabinets, la dame est tout à fait au courant qu’il n’y a pas de chasse d’eau et l’invite à sortir, la situation prend un tour gênant.

Le jardin est ancien (100 ans) les arbres sont tellement hauts qu’on distingue à peine la cime. Entre autres, il y a 97 mamées qui sont de très grands arbres. La dame nous montre un arbre à pain (cela nous rappelle le Cap Vert), les manguier, des fougères arborescentes. Elle enlève l’écorce d’un arbre qui a un parfum de cerise amère (parfumant un alcool italien, à chercher …) C’est la ceiba qui m’impressionne le plus. Cet arbre est magique vénéré par les africains. C'est donc bien lui que j’ai vu hier dans la campagne. Entre ses racines, des pièces en offrande. Je pense à la ceiba de Zoé Valdès dans "« Cher Premier Amour », l’arbre magique, marraine de la petite fille, le témoin de amours des jeunes filles.

Comme D a des problèmes intestinaux (tout du moins à ce que j’ai raconté) j’élude l’invitation à goûter la cuisine créole et à la langouste que la dame me fait à voix basse et relance tout au cours de la visite (comme j’aimerais accepter !). Elle sert à D une infusion médicinale : tout simplement de la manzanille ! Quant à moi, elle m’offre un morceau de chair de noix de coco. Je laisse 3$. La dame est déçue que nous ne venions pas dîner .Manana, si D va mieux, peut être ?