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jeudi 1 juillet 2010

Santo Antao - arrivée chez Fatima


En aluguer vers Punta do Sol


Sur le bateau, les ‘"adjudants" des aluguers recrutent des passagers. L’un d’eux prétend nous avoir déjà vues dans l’avion et propose de nous prendre jusqu’à Punta do Sol pour 350$ , à la descente du bateau à Porto Novo, un autre se présente comme le représentant de Fatima et baisse le prix jusqu’à 300$ . Nous le suivons en compagnie d' une famille française avec deux petites filles.


Le trajet est : la route s’élève très rapidement dans une sorte de désert de pierres . Près de la crête : une surprise : une vrai forêt de grands pins, des cyprès, des eucalyptus magnifiques avec d’autres essences non identifiées. Cette verdure est tout à fait insolite et réjouissante. Nous nous arrêtons d’abord à Cova pour découvrir le cratère de l’ancien volcan, cirque profond cultivé de petits champs et de jardins.


La route de Corda sur une arête rocheuse est très impressionnante :avec les. précipices des deux côtés de la route étroite, surtout imaginer comment elle a été construite et pavée à la main. On n’ose pas se demander ce qui se passerait si une voiture surgissait en face . D’ailleurs, le chauffeur klaxonne à chaque tournant. Le klaxon suffit à déclencher une chute de pierres et le Hiace se trouve caillassé . Heureusement les valises , sacs à dos et ballots divers sur la galerie amortissent les chocs.


Comme le minibus est plein de touristes on demande des arrêts photo.

Entre Cova et Ribeira Grande, la montagne est entaillée de ribeiras et sculptée de terrasses . les maisons sont accrochées sur ces pentes abruptes.


chez Fatima


Après ce voyage époustouflant, le minibus traverse un village fantôme, désert, s’arrête devant une bâtisse jaune ,derrière un camping -car rouillé, immatriculé en France. On nous débarque dans un couloir sombre . Une femme allongée sur un canapé se lève et nous montre notre chambre et la salle de bain de l’autre côté du couloir ? L’accueil est minimal . Parle- t -elle mal français ? Peut- être dérangeons- nous ?


La chambre est bien décevante : la fenêtre située tout en haut a vue sur le camping car . C’est propre et correct, mais nous séjournons six nuits . De retour de promenade allons nous être enfermées dans cette cellule ? D déprime sérieusement . Il faut dire que nous avons été mal habituées : balcon à Santa Maria, courette rua Banana, terrasse sur mer à Tarrafal, chambres magnifiques à Sao Felipe et Mindelo. On nous avait prévenues que le confort serait rudimentaire mais on ne s’attendait pas à cela.


Je n’ai qu’une hâte , sortir et explorer le village .


La mer est à 20 m.


Malheureusement, c’est dimanche, le village est vide sous la chaleur de midi. Nous croisons un couple de touristes blonds arrivés par le même bateau qui ont l’air aussi perdus que nous. La moitiés des mercerias sont fermées aujourd’hui Nous visitons celles qui sont sur notre chemin (il y en a beaucoup), toutes sur le même modèle, quelques conserves, du thon, de l’huile, jamais de pain . Après avoir visité trois boutiques nous avons rassemblé les ingrédients pour un déjeuner acceptable : des bananes, yaourts, de la mimolette et des biscuits secs, genre choco BN sans le chocolat.


La place, au centre est plus pimpante : la Poste est neuve, un beau bâtiment administratif peint en jaune, un petit snack moderne à l’enseigne Coca Cola et surtout un beau jardin public ombragé de palmiers de toutes sortes, tamariniers, cocotiers, fleuri d’hibiscus et d’arbustes colorés, crotons coléus et d’autres. Nous nous installons sur un banc à l’ombre, les frondes des palmiers claquent dans le vent. C’est un endroit très agréable pour un pique-nique.


Quand nous retournons chez Fatima, nous sommes ragaillardies, le Mercalm et le voyage nous avaient complètement abruties. D aimerait changer de chambre pour avoir au moins de la vue. Ce n’est pas possible . Fatima nous annonce que nous pourrons utiliser la terrasse, mais elle ne peut pas nous la montrer maintenant pour des raisons mystérieuses ( c’est la sieste, elle n’a pas envie de monter les deux étages).


Après la sieste nous sommes d’attaque pour une promenade en direction de Fontainhas sur la route ( !) chemin côtier en balcon au dessus de l’océan.


Nous avons des projets, demain nous prendrons une voiture avec chauffeur, après demain randonnée à pied, ensuite nous louerons une voiture … L’optimisme est revenu.


La carte Téléfacil fait encore parler d’elle. Sans avoir jamais appelé en France voilà qu’elle est déjà vide ! 1500$ sont partis à Sao Felipe en un seul coup de fil sur le portable de Bettinho . D ne peut pas appeler ses parents de la cabine. Fatima connaît Téléfacil, après dîner nous appellerons du bar.


La salle à manger est remplie et nous demandons à dîner chez nous dans la chambre. Le poisson est cuisiné avec des carottes, des choux des tomates des poivrons avec comme d’habitude du riz. C’est trop copieux comme d’habitude Nous n’arrivons pas à identifier le poisson. Cela fait du bien de trouver des légumes ! Je félicite Fatima pour les carottes.

Santo Antao - Excursion avec chauffeur


Au petit déjeuner, j’ai résolu l’énigme du pain : on n’en trouve jamais dans les épiceries pourtant, il existe une boulangerie industrielle dans chaque île. On se demandait bien où on pouvait se le procurer . Ce matin tout le village défile chez Fatima, un torchon à la main pour acheter des petits pains. Les dépôts de pain se trouvent dans des lieux inattendus !

8h, ponctuel, un grand HIACE (15 places) rouge nous attend .Au volant, Gabriel, métis très clair, jeune grassouillet, en jeans. Il parle beaucoup moins bien français qu’on l’avait cru hier, il est ravi que je comprenne un peu le Portugais. A moi donc de faire les efforts de conversation si nous désirons une visite commentée .A Fogo, Albino avait été un guide remarquable mais il était polyglotte ? le prix a aussi augmenté .

Pour arriver à Ribeira Grande nous roulons sur quatre kilomètres de corniche au dessus d’une mer agitée de belles vagues blanches. Il n’y a pas de vent du tout, par jour de tempête cela doit être impressionnant !

Ribeira Grande est une agglomération assez laide. Impossible d’en saisir le plan de prime abord : nous passons par une ruelle devant un petit marché, arrivons sur une rue commerçante avec des banques le bureau de TACV, deux hôtels minables. Plus loin un quartier plus moderne, un marché africain installé dans des baraques de tôle grise, beaucoup d’aluguers, un garage. Gabriel stoppe au garage pour voir le loueur de voitures, peine perdue, tous ses véhicules sont occupés. Peut être, n’inspirons nous pas confiance. En voyant l’état des pistes, je le regrette moins.
Le minibus s’engage dans la Ribeira Grande, vallée assez large et cultivée. Au début nous voyons surtout de la canne à sucre, des manguiers magnifiques et je découvre les arbres à pain. Parmi les légumes du dîner, j’avais trouvé une tranche verdâtre d’un légume inconnu un peu farineux au goût situé entre la patate douce et l’artichaut. Fatima m’avais expliqué que c’était le fruit de l’arbre à pain. Ces arbres sont très grands aussi hauts que les manguiers mais plus larges avec de belles feuilles découpées très décoratives et des fruits vert clair hérissés de piques.
Les maisons sont perchées sur des pentes incroyables, parfois sur des arêtes vives où il y a tout juste la place de construire une maisonnette. elles sont toutes très fleuries. Les fleurs d’agave –ou de sisal- donnent du pittoresque aux photos. Les plus anciennes sont en pierre noire couvertes de paille (cela se dit pareil en Portugais), les plus soignées sont peintes en blanc, rose ou vert vif, la plupart sont en parpaing. Ici, nous faisons une découverte prosaïque : les hommes façonnent sur place des briques de parpaing en tamisant les graviers ou le sable prélevés dans le fond de la ribeira en faisant des trous disgracieux, des cadres métalliques percés de trous faits à la main servent de tamis primitifs. Ils mélangent au ciment le gravier sur le bord de la route et remplissent des moules rudimentaires. Les parpaings sèchent, alignés. Peut être les maçons sont ils des professionnels mais il semble que chacun construit avec l’aide de sa famille ou des voisins sa maison, rehausse d’un étage, rajoute une pièce, tout en habitant les pièces terminées . cela donne aux villages un aspect inachevé, de chantier perpétuel. Quand il y a du travail aux champs ou du grogue à distiller, quand il n’y a plus de sous, le chantier s’arrête et la maison reste en attente… Les harmonieuses maisons basses aux frontons portugais se transforment en immeubles à étages avec des terrasses hérissées de ferrailles qui dépassent et rouillent, d’escaliers qui ne mènent nulle part . Les animaux, eux, sont logés dans des abris traditionnels souvent arrondis, muret de moellons grossier avec un toit de paille couvrant à moitié l’ouverture ronde.

Les nuages , accrochés aux sommets se détachent. Il fait beau .. Je dois me gendarmer pour ne pas tout prendre en photo . Gabriel s’arrête volontiers (quand la route le permet) Une excursion en voiture est une sorte de torture pour le photographe. Vu de mon siège un cadrage me plaît, descendue sur la route, je ne le retrouve plus. Le premier plan a disparu . dans le viseur, le sujet paraît lointain. et quelconque .

La route s’élève vite à flanc de la montagne. Nous passons devant notre première trapiche (distillerie de grogue) Demi tour à Garça de Cima ..

Point de vue magnifique sur Horta da Cima, village au fond d’une vallée très verte. Puis descente en lacets rapide, la route devient piste et plonge dans un canyon étroit : scènes de western : un cavalier sur un magnifique cheval marron, encore plus insolites ces deux colporteurs très noirs sans doute sénégalais tenant un portoir sur lequel sont accrochés des montres des lunettes, des bricoles, un bandana stars and stripes. Je n’ai pas le bon réflexe de sortir l’appareil photo, dommage …

Pour atteindre Cha da Igreja, le minibus gravit une pente incroyable, nous faisons silence, chauffera ou chauffera pas ? Bravo Toyota! le HIACE monté sans encombre . j’en fais part à Gabriel qui dit que les Peugeots sont bonnes à Sal ou à Sao Vicente mais qu’elles n’auraient pas supporté l’ascension . Il me montre le thermomètre du compteur.

Dans la canne à sucre toute une troupe est occupée à construire une levada. J’ai oublié de parler des levadas que nous suivons dans le paysage depuis ribeira Grande. Certaines sont suspendues sur des ponts très fins Elles ne ressemblent pas à celles de Madère : ce sont des rigoles d’une vingtaine de cm de largeur et de profondeur avec une fine bordure de ciment de chaque côté . pas de chemin qui les accompagne comme à Madère . comment travaillent les levadeiros chargés de leur entretien ?

Après la campagne riante, nous traversons une ribeira ,et arrivons au village de pêcheurs de Cruzinhas da Garça : un port minuscule abrité par un gros rocher, quelques barques à quai . le village est gris parpaing, noir basalte, très sale et très misérable. La mer envoie des paquets d’écume. Gabriel nous propose une promenade à pied. Distribution de crayons . Je descends seule au port . Sur le rocher humide grouillent des dizaines de tout petits crabes.
Nous repassons par Cha da Igreja, le soleil est déjà haut, la lumière moins belle.

Trapiche

Coculi : nous nous engageons dans une petite ribeira cultivée, nous visitons une trapiche. Un jeune commente la fabrication de l’Agua Ardente. La canne est écrasée entre des rouleaux (moteur électrique) le jus arrive dans des barriques stockées dans un appentis. . Pendant la fermentation, de grosse bulles soulèvent la surface. du liquide grisâtre .Elle dure plusieurs semaines puis on distille dans alambic primitif. Un four alimenté par des paquets de feuilles de canne chauffe une sorte de chaudron (un bidon métallique) le refroidissement s’accomplit le long d’une gouttière creusée dans du bois où coule l’eau . Au bout d’un vulgaire tuyau en plastique noir (comme les tuyaux d ‘irrigation) on récupère l’agua ardente. Comment échapper à la dégustation et à l’achat ? le plus simplement du monde : j’explique qu’il est beaucoup trop tôt pour boire et que l’alcool à jeun nous assommerait par cette chaleur (je mime) . je renifle la grogue :cela sent très bon . Ils n’insiste pas du tout. De toute façon la grogue est dans de grosses barriques, si nous avions voulu en acheter il aurait fallu apporter notre propre bouteille.
Gabriel nous conduit jusqu’au dernier village au bout de la route, croisant des enfants qui sortent de l’école portant leurs cahiers, les objets confectionnés pendant l’année, cartons, tableaux de nouilles ou de coquillages, boutures dans des pots de conserves. C’est le jour des vacances, ils lancent des vivats qui doivent dire que l’école est finie.
D essaie de photographier une petite fille portant une belle bouture sur sa tête, ses copines sont jalouses et se placent devant elle. On a bien du mal à les disposer pour que la « vedette » soit visible.
Nous descendons la piste à pied . Gabriel nous attend plus bas avec ses copains de la distillerie. Nous déjeunons sous un manguier, à nos pieds une petite levada. Des gamins nous importunent ‘- »money! « la grande sœur ou la mère les éloigne.
Spectacle inattendu : un âne s’est échappé, descend la piste au grand galop poursuivi par un gamin pieds nus.
crevaison
Sur le gué cimenté, plein de bouteilles de bière cassées, le Hiace se retrouve avec un pneu crevé. Heureusement Ribeira Grande est toute proche . Gabriel porte le pneu au garage et nous en profitons pour aller changer de l’argent à la banque.
Le ciel s’est couvert, il fait tout gris .

bananes ignames

Dernière expédition : la petite Ribeira de Torre qui aboutit à la Ribeira Grande encore plus verdoyante que les autres . Des bananeraies se pressent sur ses flancs . dans son creux, coule de l’eau qui arrose des ignames . les arbres à pain sont encore plus majestueux, je crois reconnaître un avocatier. Fin de la ballade sous un tout petit pic, une aiguille volcanique ( ?) comme un obélisque

lampe de chevet

Notre lampe de chevet est inénarrable : sur un socle de laiton, la lampe est en porcelaine, un bouquet de fleurs en plastique orange sert d’abat jour. Pas d’interrupteur, quand on tape faiblement sur le socle, la lampe s’éclaire faiblement, au deuxième coup, elle s’éclaire bien, au troisième coup tout s’éteint. D’où provient cette merveille ?

Santo Antao - Fontainhas


Au petit déjeuner nous retrouvons une famille française rencontrée à Che Guevara. La femme parle portugais ce qui lui donne des opportunités pour rencontrer des gens. Ils nous découragent d’entreprendre la Descente de Cova, très longue et très pénible selon eux.


sentier côtier vers Fontaihas


Le sentier monte entre le cimetière et les porcheries (odeur infecte) . Au dessus du cimetière catholique dans un enclos, le petit cimetière juif. Rien à voir avec les Nouveaux chrétiens ou les Marranes (je lis en ce moment une biographie de Christophe Colomb) Les tombes datent du XXème siècle.


Le chemin côtier nettement au dessus du rivage, domine Punta do Sol la vue est très belle. Entre temps, les nuages ont disparu. Après un tournant, nous découvrons le village de Fontainhas accroché à mi-pente avec ses maisons peintes de couleurs vives, ses fleurs au dessus d’une petite ribeira toute pimpante. Les terrasses sont cultivées de canne à sucre, le fond du ruisseau est occupé par des petits champs d’ignames formant une mosaïque vert très vif, chaque parcelle est séparée par de petites murettes, ruban allongé s’étalant jusqu’à une petite plage de sable gris dans une crique abritée entre des falaises rouges et noires . Cette eau calme me donne envie de me baigner. Quelques cocotiers et de beaux arbres à pain complètent le tableau.


Fontainhas


Fontainhas est fleuri de bougainvillées et d’un flamboyant. Ce village perché sur une arête, est minuscule mais possède une grande école peinte de neuf en jaune, et deux mercerias signalées par de discrets écriteaux. Un escalier traverse une rangée de maisons mettant définitivement fin à la circulation automobile.

Le chemin longe la ribeira puis retrouve la mer. Une petite descente et une grande montée. Nous ne sommes pas seules : un groupe de femmes et des enfants vont à pied au village suivant : Corvo , portant de lourds paquets sur la tête. Elles nous dépassent avant le col.


Au tournant dominé par un éperon rocheux vertical, unecheminée volcanique forme un mur jusque dans l’eau, cap pointu. La vue est spectaculaire, Ponta do Sol , au loin, avec sa piste d’aviation, porte-avions conquis sur la mer et son port minuscule. De l’autre côté du col, une pente sèche, où zigzague un sentier pavé soigneusement et protégé par une murette. Cela me démange de continuer le sentier côtier jusqu’à Corvo dont nous apercevons les premières maisons.

Je m’accorde une demi-heure pour poursuivre mon exploration, descends facilement assez loin pour découvrir une étroite vallée, avec un ruisseau, un ruban d’ignames, des terrasses de canne et la suite du village. Complètement isolé : on n’y parvient qu’à pied, peut être en barque. Cependant depuis 1999 l’électrification a été achevée. Je remonte plus facilement que prévu. Nous déjeunons rapidement.
Le ciel est sans nuage, le soleil tape dur, pas d’ombre, il fait vraiment très chaud.

D redoute la grande montée aux heures les plus chaudes de la journée. Elle part en avant plutôt colère me reprochant mes expéditions. Nous croisons une famille qui monte des caisses de bière, des bouteilles de Coca-Cola, des jus de fruit, il y a sans doute un bar à Corvo ravitaillé à pied.


J’achète de l’eau fraîche à Fontainhas dans une loja, prétexte pour trouver un aluguer. L’épicière propose de téléphoner à Punta do Sol pour en faire venir un.


PAM


Un pick up est arrivé sans qu’on le remarque. Je demande quand il retourne à Punta do Sol : dans un quart d’heure, bonne affaire ! C’est une camionnette de l’aide alimentaire du PAM (Programme Mondial d’Aide à l’Alimentation) . un jeune homme parlant très bien Français nous explique qu’ils distribuent de la nourriture aux plus défavorisés : un sac de farine de maïs, un broc de haricots, une bouteille d’huile. Des femmes, enfants viennent à la distribution, on coche des noms sur une liste. Tout se passe très vite, le pick up repart chargé à ras bord de tous ceux qui veulent profiter de l’occasion.

Santo Antao - Baignade


Quand nous rentrons à la maison, Fatima fait la sieste sur le divan de l’entrée, aujourd’hui, elle est très causante. Comme nous lui racontons notre journée et que je lui montre les babioles que nous avons données aux petites filles, elle appelle Alicia et lui donne un sachet contenant des élastiques décorés pour attacher les cheveux, qu’Habiba m’a vendus le jour de la fin des cours.

Alicia, c’est la jeune fille qui sert les repas, longues jambes miel. Elle n’a que douze ans, elle est orpheline. Fatima l’a recueillie il y a trois ans et elle travaille à la pension. Je demande si elle va à l’école, Fatima me rassure, ce sont les vacances.

Baignade avec les femmes et les enfants

J’ai bien envie de me baigner. Le sentier côtier m’a frustrée. Après le port il y a une petite plage, des rochers plats forment une sorte de piscine naturelle d’eau très calme avec un peu de sable gris. Beaucoup d’enfants y barbotent. Je demande conseil à Fatima . Est ce raisonnable d’y aller ? Elle m’encourage vivement. Puis je me mettre en maillot ? au Cap Vert les femmes restent le plus souvent en short et en T-shirt mais je n’ai pas envie de mouiller mes affaires. Nous avons emporté le minimum, le reste est resté à Mindelo. Pas de problème pour le maillot. Les enfants ne sont pas seuls, il y a des adultes, des mères surtout. Je me trempe, il fait frais, agréable mais il y a trop de monde pour nager. Les enfants essaient de capturer de petits poissons. Après une courte baignade je remonte

J’ai l’agréable surprise de retrouver Judith et Philippe, les Allemands de Fogo qui viennent d’arriver mais repartent déjà demain.

Nous allons sur le port pour voir le coucher de soleil. Le petit port est protégé par une jetée qui a dû avoir des jours meilleurs si on considère le beau dallage, les escaliers et les grosses boules de pierre qui ornaient la rambarde. Dans la rade, l’eau est calme, les barques sont tirées à sec sur le ciment bien alignées. Nous découvrons la vue sur la falaise où nous étions ce midi. Des nuages couvrent les sommets, dommage pour la photo qui aurait été belle ! Le ciel a l’air dégagé vers l’Ouest, peut être aurons nous Le coucher de soleil des vacances ? Nous attendons, contemplant les rangées de vagues qui se brisent dans une belle couleur turquoise. La mer scintille d’or le soleil pâlit puis s’enfonce dans une brume invisible où il disparaît.

Santo Antao - Paul Passagem


Aluguers

Nous profitons du premier aluguer qui emporte les touristes au ferry jusqu' à Ribeira Grande (50$) où un autre HIACE nous conduit à Paul (50$) en suivant la corniche . Nous devenons expertes en taxis collectifs .
Au passage nous traversons Synagoga, vilain village de parpaing, qui n’a que son nom d’attrayant. sur une pointe se trouvent les ruines de ce qui a été une synagogue puis une léproserie, rien à visiter.


Paul et Ribeira do Paul

Paul est un gros bourg le long d’une plage où déferlent des vagues impressionnantes, une poste, un dispensaire, une promenade aménagée sur le bord de l’océan .
Dans la ribeira, règne une grande activité : on extrait des galets et du sable du lit de la rivière, à sec, on tamise sur place sur de la tôle percée à la main placée sur des chevalets. Des hommes transportent de grosses pierres à bras . Il semble que la moitié des hommes en activité sont des maçons !

La route pavée quitte le lit de la rivière pour s’élever vers de jolis villages avec des maisons soignées et bien crépies ?

De part et d’autre de la route, on remarque de nombreuses chaumières très jolies sous des cocotiers et des arbres à pain. Les étables pour des petites vaches noires et blanches, les abris pour les chèvres et les cochons sont coiffés de paille. Près des maisons, des installations pour la distillation de la grogue sont repérables aux grands tas de feuilles de cannes séchées et à la fumée qui s’échappe de l’alambic.

Les cultures sont florissantes dans cette vallée, la canne pousse dru et très haut. Des hommes la récoltent à la main avec des machettes, ils travaillent en groupe, alignent les cannes débarrassées de leurs feuilles et font des sortes de fagots que les femmes transportent sur leurs têtes. Les enfants, en vacances, circulent un tronçon de canne à la main, mâchonnent et crachent.

Passagem

La route pavée monte vers Passagem .Nous faisons des haltes fréquentes sous les manguiers et les arbres à pain qui sont de grands arbres dispensant une ombre épaisse et fraîche. Sur les bords de la route, canalisée dans les levadas, suintant des roches, en piscines dans des citernes rectangulaires, en flaque dans le lit du ruisseau, partout comme un miracle, la présence de l’eau. Ce sont les ignames avec leur beau feuillage vert vif qui sont les plus gourmands. Les bananiers paraissent plus vigoureux qu’ailleurs. Les régimes sont de belle taille, ce qui n’empêche pas les femmes de grimper allègrement la côte, un régime en équilibre sur le petit coussin porté sur leur foulard ; Elles se prêtent simplement à la photo. Notre étonnement les fait rigoler, cela leur paraît si naturel de porter de 35 à 50 kg, pieds nus sur les sentiers grimpant vers leurs maisons.

Dans le fond de la vallée, autre occupation : la lessive. Des draps, couvertures serviettes ou vêtements sont étendus directement par terre sur les galets ou les graviers.
Les sujets de photo ne manquent pas, fleurs de cactées ou de frangipanier, fruits, maisons couvertes de chaume, sans compter les petites filles qui réclament « photo,photo » . Un hameau aux chaumières basses dispersées parmi de gros rochers nous paraît spécialement joli. Nous y pénétrons et les habitants doivent retenir leurs chiens.

Une petite fille offre des mangues, j’en prends 4 et lui donne 40$, elle n’avait rien demandé . C’est la saison de la cueillette des mangues, les enfants ramassent celles qui sont tombées, mais elles sont cueillies avec des petits sacs pour éviter qu’elles ne s’abîment . Pas ’échelles Un homme et son fils grimpent dans un immense manguier , nous ne les aurions pas remarqués si le jeune ne nous avait appelé « bonjour ! », on cherche celui qui nous interpelle, il est très haut dans le manguier et saute de branches en branches aussi lestement que les macaques de Tarrafal.
Au loin, sur les terrasses, les hommes binent a terre avec des binettes à très court manche.
Les pick-up montent et descendent, chargeant des sacs de mangues, les fagots de canne . Le poisson est aussi vendu sur la route ? Tandis que je dessine et que D observe la cueillette des mangues, nous voyons passer une assiette de maquereaux.

Cette route est très animée, à côté de ceux qui travaillent aux champs, de celles qui portent ou qui lavent, il y a aussi une pléiade d’enfants qui vont, viennent, nous rendent visite, sont assis sur le parapet. Certains jouent à l’awélé, d’autres aux cartes, deux au baby foot.

Une vieille femme nous tient compagnie tandis que je peins. Attend-elle l’aluguer ? Elle lui fait signe mais ne monte pas. Surveille-t elle la cueillette des mangues ? Elle parle toute seule, peut être récite-t elle des prières ?

A Passagem, le jardin tropical est décevant, la piscine est vide en avec ses bougainvillées il n’est pas plus fleuri que les maisons aux alentours. Nous nous rapprochons de la muraille rocheuse haute de plus de 1000 m, le paysage devient plus austère, les terrasses de canne moins fournies, les arbres plus dispersés. Nous redescendons tranquillement, le ciel se couvre. Quand nous pique-niquons quelques gouttes tombent. Le pique-nique est écrasé Les bananes sont en purée peu ragoûtante, Dominique renonce à son sandwich. Le ciel est maintenant tout gris, peut être allons nous avoir de la vraie pluie ?

renvontres dans l'aluguer

Nous trouvons tout de suite un aluguer direct pour Ponta do Sol à Paul (100$). Deux femmes très pittoresques montent à Ribeira Grande. Elles balancent sur la galerie leurs cuvettes en plastique contenant des carottes ? Puis bavardent très fort. Elles descendent en même temps que nous sur la place de Ponta do Sol. L’une d’elle nous parle en français, elle l’a appris à Paris-Saint germain « très chic, très cher ». Elle est vêtue d’une minijupe vert brillant d’un T-shirt de basket et d’un bandana aux couleurs américaines. Nous l interrogeons, elle peut porter jusqu’à 35 kg, « cela tient tout seul » puis elle s’éloigne en parlant toute seule. Nous la retrouvons chez Fatima chez qui elle livre ses carottes.

Les nuages sont très bas, la lumière est sinistre : grosse déprime.
Fatima nous fait dîner à 19h30 de poisson bouilli plein d’arêtes. Après le dîner, promenade nocturne. Tout le monde est dans la rue, surtout les enfants et les jeunes. La ville s’anime. Nous restons sur la belle place écoutons les frondes des palmiers qui claquent au vent.

Santo Antao -Ribeira da Torre

Nous avions prévu de monter au cratère mais les nuages cachent les sommets, la « petite mousson » se prépare. Drôle de mousson qui ne donne qu’un fin crachin pendant quelques minutes. Juste suffisante pour humidifier l’air, pas assez pour laver la poussière rien à voir avec celle de l’Asie !

L’aluguer nous emmène à Ribeira Grande. Le chauffeur qui parle français prétend qu’on ne trouvera rien pour Xoxo et fait le taxi privé pour 700$. (C’est archi-faux, on verra des aluguers toute la journée).

Nous descendons au pied de l’aiguille volcanique fine et verticale comme une tour : est-ce elle qui donne le nom à la ribeira ? Nous sommes venues ici avec Gabriel mais j’avais bien envie de me promener dans cette vallée exceptionnellement arrosée : le chemin est même inondé.
Miracle de l’eau dans ces îles arides. Dans les flaques, des gyrins tournoient à grande vitesse, auto-tamponneuses brillantes aquatiques qui filent. De grosses libellules rouges volettent. Dans les nombreuses citernes cimentées s’ébattent des grenouilles bruyamment. Le chemin pavé monte jusqu’à un hameau perché puis continue dans les bananeraies jusqu’à un autre, sans fin. Au fur à mesure qu’on monte, les bananes laissent la place à la canne. Sur les petites terrasses on a planté du manioc avec les cannes. Puis apparaissent les haricots-congos qui forment ici de très gros arbustes presque des arbres. Les manguiers donnent une belle pour se reposer.
Dominique s’y arrête tandis que je continue l’ascension sans en voir le bout.
Rencontre sympathique : un jeune homme m’adresse la parole en français:
- « je m’appelle Pierre, Pedro, et vous ? »
son compagnon, sourd muet me tend une mangue toute astiquée que je refuse, j’ai laissé le porte monnaie à D. Pedro a envie de me raconter sa vie : sa mère demeure en haut dans un village invisible dans la montagne, son père est décédé trois mois auparavant. Il monte couper la canne et entretenir les cultures de sa mère
- « mon patron m’a donné des petits jours pour aider ma mère »
Il fait à pied les 19 km qui séparent Cova où il vit avec ses cinq enfants, je lui aurais donné 20 ans. Je lui souhaite bon courage, on se serre la main. Il est tout content d’avoir bavardé en chemin. J’emporte avec moi son histoire triste et émouvante.

Nous repassons devant la piscine des grenouilles qui flottent le ventre en l’air, crevées. Cela me paraît bizarre. En regardant mieux, je découvre qu’elles sont accouplées. Le mâle beaucoup plus petit est cramponné sur le dos de la femelle énorme et gonflée sous le poids du mâle, ils chavirent tous les deux. Je ramasse un caillou et leur jette. Ils esquissent des mouvements de brasse maladroite sur le côté. Ils sont donc bien vivants. Mais une nuée de têtards attaque un cadavre déjà à moitié décomposé L’accouplement les épuise-t il au point de les faire mourir ? Dans le ruisseau les pontes forment de minces rubans d’œufs alignés en guirlandes.

Nous nous installons sur un mur cimenté à l’ombre, je peins les sommets pointus au loin, les villages perchés, les terrasses, au premier plan, les grosses feuilles des bananiers et des ignames. En face, une cascade, de temps en temps on libère un bouchon de terre dans une levada, l’eau ruisselle sur une terrasse. Des fougères délicates poussent sur les murs. Dominique descend un peu plus bas devant une jolie trapiche entre de gros rochers. Exceptionnellement, cela sent bon la mélasse. Je suis déçue par la peinture et m’applique au dessin.
Arrêt dans les bananiers au bord d’un ruisselet puis pique-nique en haut d’une murette sous un arbre à pain. Il fait bon.

Le retour est un peu long le long de la route au fond du lit de la rivière crevé de carrières de graviers. Les pick-up et les Hiace soulèvent de la poussière. Nous rencontrons un vieil homme portant une sorte de corde tressée. Nous avions remarqué au marché de telles cordes suspendues avec les saucissons. Je lui demande ce que c’est : du tabac.

Tout à coup, nous entendons parler français, une Capverdienne d’Aulnay sous bois et ses deux filles nous rejoignent, la mère est très bavarde, fière de son village et de son île, les deux adolescentes ressemblent à nos pires élèves, déplaisantes, râlent, le chemin est trop long ; visiblement elles n’apprécient pas la promenade à pied.